Les invasions de criquets continuent de menacer l’approvisionnement en denrées alimentaires en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.
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Une phéromone détectée pourrait aider à lutter contre les invasions de criquets

Des chercheurs en Chine ont découvert un composé chimique qui pousse les criquets solitaires à se constituer en essaims géants. La 4VA, comme on l'appelle en abrégé, pourrait représenter une avancée dans la lutte contre les invasions de criquets et réduire considérablement les effets néfastes des pesticides utilisés pour se débarrasser de ces insectes.

Alors que les invasions de criquets continuent de menacer l’approvisionnement en denrées alimentaires en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, les scientifiques ont fait une découverte qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle approche dans la lutte contre les essaims de ces insectes. Lorsqu’ils arrivent à maturité, les criquets peuvent devenir des créatures solitaires ou se rassembler en masse, en fonction de facteurs tels que les conditions environnementales. Le passage d'une de ces deux formes à l’autre peut également se produire à tout moment du cycle de vie du criquet. Selon les chercheurs de l'Institut de zoologie de l'Académie chinoise des sciences, c'est le composé chimique 4-vinylamisole (4VA) qui déclenche chez les criquets solitaires la formation d’essaims géants.

Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) les criquets ont, entre janvier et juillet, dévasté les cultures dans une zone s'étendant de l'Afrique de l'Est à l'Inde. Environ 11,9 millions de personnes en Éthiopie, au Kenya et en Somalie souffrent déjà de graves pénuries alimentaires, tandis que des essaims d'insectes menacent la sécurité alimentaire de 20,1 millions de personnes supplémentaires. Les criquets pèlerins sévissent également en Amérique du Sud.

Jusqu'à présent, les invasions de criquets ont été principalement combattues avec des pesticides. Cependant, les produits chimiques doivent être répandus sur de vastes zones, ce qui risque de polluer l'environnement et causer des dommages aux autres animaux, aux plantes et aux êtres humains. "La Chine lutte contre les essaims de criquets depuis près de 2 000 ans, ayant enregistré plus de 800 grandes invasions de criquets à travers l'histoire", déclare Kang Le, professeur d'entomologie et d'écologie à l'Institut de zoologie de l'Académie des sciences chinoise et président de la Société entomologique de Chine.

Kang a dirigé l'équipe de scientifiques qui a découvert la 4VA, une phéromone qui est principalement sécrétée par les pattes arrière des criquets migrateurs et qui attire d'autres criquets de la même espèce, les incitant à se regrouper. Cette phéromone est détectée par les antennes et les récepteurs olfactifs des insectes. M. Kang explique qu'il suffit d'un petit nombre de criquets pour déclencher la formation d'essaims gigantesques, ce qui, selon lui, explique la vitesse à laquelle les essaims de criquets se propagent.

La phéromone attire aussi bien les criquets mâles que les femelles


"Le criquet a plus de 100 récepteurs, et on a constaté jusqu'à présent qu'il émettait 35 composés odorants", rapporte Kang. "Notre équipe a donc procédé à un grand nombre d'analyses pour identifier le récepteur qui correspond au composé 4VA." Cette phéromone attire aussi bien les criquets mâles que les femelles, aussi bien les jeunes que les adultes. Mais les scientifiques chinois ont découvert que la quantité de phéromone augmente considérablement avec la densification des essaims. Cette substance a une odeur douce pour l'homme. Des criquets pèlerins ont déjà été génétiquement modifiés pour les priver du récepteur olfactif nécessaire pour être attirés par la 4VA, et les mutants se sont révélés incapables de détecter le composé.
 
La 4VA pourrait être utilisée pour combattre les criquets de manière plus efficace et plus écologique, estime M. Kang. "Nous pouvons synthétiser cette phéromone pour attirer les criquets et les piéger dans un lieu déterminé, puis pulvériser l'insecticide dans la zone ciblée, ce qui réduit considérablement la nécessité de pulvériser le produit chimique en masse", explique-t-il. Leslie Vosshall, directeur du laboratoire de neurogénétique et du comportement de l'université Rockefeller, aux États-Unis, pense même qu'il serait possible de créer un produit chimique permettant de bloquer les récepteurs 4VA du criquet, empêchant ainsi les insectes de se regrouper et leur permettant plutôt de mener une vie paisible et solitaire. 

Toutefois, M. Kang souligne que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour voir si la phéromone est également efficace chez d'autres espèces de criquets. Il fait ainsi référence à des recherches préliminaires qui ont montré que d'autres criquets vivant en Mongolie intérieure et dans la province du Yunnan peuvent produire de la 4VA, mais souligne la nécessité d'examiner les criquets hors de Chine afin de déterminer leur aptitude à sécréter ce produit chimique ou à y réagir.

Mike Gardner, journaliste, Bonn, Allemagne