Quand les disponibilités en eau salubre se font rares, les eaux usées, même polluées, sont un moyen évident et fiable pour irriguer les champs.
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L’utilisation mondiale d’eaux usées dans l’agriculture

Selon une nouvelle étude publiée par l’International Water Management Institute – IWMI, l’utilisation d’effluents urbains non traités pour irriguer les cultures en aval est de 50 pour cent plus répandue que ce que l'on estimait auparavant. Le nombre de consommateurs exposés à des risques de santé s’élevant à 885 millions de personnes, l’étude demande que des investissements urgents soient réalisés dans l’amélioration des services d’assainissement.

Selon une nouvelle étude de l’International Water Management Institute – IWMI, Colombo/Sri Lanka, publiée dans le journal Environmental Research Letters, l’utilisation d’effluents urbains non traités pour irriguer les cultures en aval est de 50 pour cent plus répandue que ce que l’on estimait auparavant.

L’étude s’appuie sur des méthodes avancées de modélisation pour offrir la première estimation véritablement exhaustive de l’utilisation mondiale d’effluents urbains d’eaux usées sur les surfaces agricoles irriguées. Plutôt que de dépendre des résultats d’études de cas, comme ils le faisaient auparavant, les chercheurs ont analysé les données au moyen de systèmes d’information géographique (SIG).

Pour la première fois, les chercheurs de l’IWMI ont également évalué la « réutilisation indirecte » qui se produit quand des eaux usées sont diluées mais constituent malgré tout une part importante des flux d’eaux de surface. De telles situations représentent la majorité des réutilisations d’eau agricole dans le monde, mais il a été difficile de les quantifier au niveau mondial en raison des points de vue divergents sur ce que sont les eaux usées diluées par opposition aux eaux polluées.

Considérant que la sécurité alimentaire des consommateurs doit avoir la priorité absolue, les auteurs de l’étude insistent sur la nécessité d’atténuer les risques pour la santé publique en prenant des mesures tout au long de la chaîne d’approvisionnement en produits alimentaires. Cela inclut des mesures améliorées de traitement des eaux usées, mais également des mesures préventives au niveau des exploitations et de la transformation des aliments, étant donné que la capacité de traitement des eaux usées ne progresse que lentement dans les pays en développement.

Selon l’étude de l’IWMI, l’utilisation d’eaux usées par les agriculteurs prédomine dans les régions où la production d’eaux résiduaires et la pollution de l’eau sont importantes. Dans ces situations et là où l’approvisionnement en eau plus salubre est déficitaire, les eaux usées offrent un moyen évident et fiable d’irriguer les champs, y compris les cultures de valeur, telles que les légumes, qui souvent exigent des quantités d’eau plus importantes que les denrées vivrières de base. Quand des eaux usées brutes sont disponibles, les agriculteurs préfèrent les utiliser car elles contiennent d’importantes quantités d’éléments nutritifs, qui peuvent réduire les besoins d’appliquer des fertilisants achetés. Dans la plupart des cas cependant, l’utilisation de ces eaux usées par les agriculteurs est motivée par des besoins élémentaires ; ils n’ont tout simplement pas d’autres alternatives.

Le manque de traitement des eaux usées est source de risques sérieux pour la santé

« La réutilisation effective d’effluents urbains d’eaux résiduaires est compréhensible au vu de la pollution croissante de l’eau et de la baisse des disponibilités en eau fraîche, comme c’est le cas dans de nombreux pays en développement », explique Anne Thebo, auteure principale de l’étude. Aussi longtemps que les investissements dans le traitement d’eau resteront loin derrière la croissance démographique, un grand nombre de consommateurs de produits à l’état brut seront confrontés à des risques élevés de sécurité alimentaire. Les résultats montrent que 65 pour cent de toutes les surfaces irriguées situées à une distance de 40 km en aval des centres urbains sont touchées dans une large mesure par des flux d’eaux usées.

Sur ce total de 35,9 millions de hectares, 29,3 millions se trouvent dans des pays ayant des capacités de traitement des eaux usées très limitées, exposant ainsi 885 millions de consommateurs urbains ainsi que des agriculteurs et des vendeurs d’aliments à des risques importants pour leur santé. Cinq pays, à savoir la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Mexique et l’Iran, représentent la plus grande partie de ces surfaces cultivées.

Ces nouveaux résultats viennent remplacer une estimation de 2004 souvent citée, qui reposait sur des études de cas menées dans quelque 70 pays et sur des avis d’experts, selon laquelle la superficie irriguée avec des eaux usées s’élèverait à un maximum de 20 millions de hectares. « Le fait de savoir mieux appréhender où, pourquoi et dans quelle mesure les agriculteurs utilisent les eaux usées pour irriguer, est un pas important vers la maîtrise du problème », explique le deuxième auteur de l’étude, Pay Drechsel, collaborateur de l’International Water Management Institute (IWMI). « Alors que les actions visant à protéger la santé humaine sont la première priorité, nous pouvons également limiter les risques au travers d’un grand nombre d’approches éprouvées qui visent à récupérer et à réutiliser en toute sécurité les précieuses ressources se trouvant dans les eaux usées. Grâce à de telles approches, nous avons aidé l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à répondre aux défis posés par l’utilisation des eaux usées au fil des années ».

« Nous espérons que cette nouvelle étude attirera l’attention des décideurs politiques et des experts en assainissement et leur fera prendre conscience de la nécessité d’œuvrer à la réalisation de l’objectif de développement durable n° 6, et plus particulièrement de sa cible 3, qui veut diminuer de moitié la proportion d’eaux usées non traitées et augmenter le recyclage et la réutilisation sans danger de l’eau », ajoute Drechsel.

(IWMI/wi)