L’Inde est un des pays d’Asie où, en valeur absolue, la croissance de la population urbaine est la plus élevée.
Photo: © MCC

L’urbanisation va engloutir 300 000 km² de terres cultivées très fertiles

Partout dans le monde, l’urbanisation galopante se poursuit au détriment des terres agricoles fertiles. Selon les chercheurs, les aliments produits sur cette superficie suffiraient à nourrir plus de 300 millions de personnes à raison de 2 500 calories par jour pendant une année entière.

En raison de la rapidité d’extension des zones urbaines, près de 300 000 kilomètres carrés de terres cultivées particulièrement fertiles auront disparu d’ici à 2030. On estime que cette superficie représentait près de quatre pour cent de la superficie consacrée aux cultures alimentaires à l’échelle mondiale en 2000. Tels sont les résultats d’une étude réalisée par le Mercator Research Institute on Global Commons and Climate Change (MCC) dont le siège est à Berlin/Allemagne. Une comparaison fait ressortit l’importance de ces résultats : les cultures vivrières récoltées sur cette superficie suffiraient à apporter 2 500 calories par jour à plus de 300 millions de personnes pendant une année entière.

L’étude du MCC intitulée Future urban land expansion and implications for global croplands (future expansion des terres urbaines et conséquences pour les terres arables à l’échelle mondiale) et réalisée par Christopher Bren d’Amour, Felix Creutzig et d’autres chercheurs vient d’être publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS). Selon cette étude, l’urbanisation mondiale se fera sur des terres agricoles dont la fertilité est près de deux fois supérieure à la moyenne mondiale.

L’étude montre qu’en Asie et en Afrique les pertes de terres agricoles seront particulièrement graves : c’est en Afrique que les taux d’urbanisation sont les plus élevés alors que l’Asie connaît la plus forte croissance en valeur absolue de la population urbaine. À elle seule, la Chine va devoir supporter un quart des pertes totales de terres cultivées à l’échelle mondiale, soit près de 80 000 kilomètres carrés.

« Les zones les plus exposées à ces pertes ont tendance à être les vallées et les deltas des fleuves, par exemple le delta du Yangtze, près de Shanghai ou le delta de la rivière des Perles, près de Hong Kong. Au niveau régional, cette perte de production alimentaire ne peut pas toujours être compensée, ce qui peut avoir un impact sur le système alimentaire mondial, » déclare l’auteur principal, M. Bren d’Amour. Il ressort également de l’étude que le conflit résultant de l’utilisation des terres (urbanisation contre production alimentaire) peut considérablement différer d’une région de la planète à une autre. « Cela dépend en grande partie de la dynamique d’urbanisation de chaque pays. En Inde, par exemple, le processus d’urbanisation n’est pas aussi rapide qu’en Chine et il est globalement moins important. C’est ce que laissent transparaître nos résultats, qui prévoient des pertes nettement moins importantes de terres cultivées en Inde. »

Pour leur étude, les chercheurs ont utilisé des projections spatialement explicites d’expansion des zones urbaines de l’université Yale, New Haven/États-Unis. Ils ont ensuite associé ces projections avec les données d’utilisation des terres de l’université du Minnesota, Minneapolis/États-Unis et les données mondiales sur les terres cultivées et les rendements agricoles de l’université de Colombie-Britannique, Vancouver/Canada. L’étude du MCC s’est penchée sur les pertes totales de terres cultivées à l’échelle mondiale. Pour déterminer la productivité de ces terres, les chercheurs ont utilisé la production agrégée des 16 cultures vivrières les plus importantes, parmi lesquelles le maïs, le riz, le soja et le blé.

Certains pays africains sont déjà gravement touchés

Outre l’Asie, les régions d’Afrique connaissant une urbanisation rapide vont être, à l’échelle mondiale, des zones exposées aux pertes de terres cultivées. C’est notamment le cas du Nigeria, du Burundi et du Rwanda, qui connaissent déjà le grave problème de la faim et des pénuries alimentaires. Pour la population africaine, ce problème est exacerbé par deux facteurs : la vulnérabilité de nombreux pays africains aux effets du changement climatique et les difficultés comparativement plus grandes rencontrées par la population rurale sans emploi pour entrer sur les marchés du travail urbains.

« Au niveau municipal, les responsables des orientations politiques sont aujourd’hui appelés à agir. Leur heure est venue car l’urbanisme fait aujourd’hui partie intégrante de la politique mondiale, » déclare Felix Creutzig, chef du groupe de travail du MCC sur l’utilisation des terres, l’infrastructure et les transports à Berlin. « Les urbanistes peuvent contribuer à faire en sorte que les petits exploitants agricoles ne perdent pas leurs moyens de subsistance. Une urbanisation spatialement efficace pourrait contribuer à préserver les systèmes agricoles existants tout en continuant d’offrir aux petits agriculteurs un accès aux marchés alimentaires urbains.

(MCC/idw/wi)

Pour en savoir plus : Bren d’Amour, Christopher et al. (2016): Future urban expansion and implications for global croplands. Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America