Dr. Evelyn Nguleka (Zambie) a été réélue à la présidence de l’Organisation mondiale des agriculteurs (OMA) réunie pour l’Assemblée générale 2015 à Milan, Italie.
Photo: © OMA

L’Organisation mondiale des agriculteurs se réunit à l’Expo universelle de Milan

Lors de l’Assemblée générale de l’Organisation mondiale des agriculteurs, sa présidente, Evelyn Nguleka, récemment réélue, a appelé les agriculteurs du monde entier à relever le défi de nourrir la population mondiale croissante d’ici à 2030.

L’Assemblée générale de l’Organisation mondiale des agriculteurs (OMA) s’est tenue dans le cadre de l’EXPO Milano à Milan, Italie, du 24 au 27 juin. L’EXPO Milano se tient sur le site du parc des expositions de Milan sous le thème : Nourrir la planète, énergie pour la vie ! Les pavillons des pays et différents clusters thématiques abordent le thème de façon impressionnante et sous différentes facettes.
La conférence annuelle de l’OMA s’est approprié le thème et a invité des experts des milieux politiques, du monde scientifique et de la communauté internationale des agriculteurs à participer à une table ronde.

Dans son allocution d’ouverture, le ministre italien de l’Agriculture, Maurizio Martina, a souligné les efforts déployés par l’Exposition universelle de Milan pour centrer l’attention sur le thème de l’alimentation et de la sécurité alimentaire au 21ème siècle. Qui d’autre que les agriculteurs du monde entier seraient mieux placés pour traiter ce thème ? C’est pourquoi le ministre s’est montré particulièrement satisfait de voir que l’OMA tenait son assemblée générale à Milan.
La présidente de l’OMA, Evelyn Nguleka (Zambie), a répondu au ministre Martina en appelant les 66 organisations d’agriculteurs représentées à l’Assemblée à faire en sorte que les agriculteurs acceptent de relever le défi que le « monde entier puisse manger à sa faim d’ici à 2030 ». Nguleka a noté deux aspects importants dans ce contexte : la sécurité alimentaire et l’adaptation au changement climatique. L’agriculture durable est, selon elle, la seule réponse possible, ce dont la conférence à Milan devrait tenir compte dans sa recherche de solutions. Dans son intervention, Nguleka a ajouté qu’un effort conjoint du secteur public et du secteur privé, associé à celui de la communauté scientifique et des experts, était indispensable pour relever ce défi. Les milieux politiques, le secteur privé et le monde scientifique étaient également représentés dans les panels de discussion résumés ci-dessous.

Session 1 : Des solutions durables, équitables et inclusives pour répondre à la demande d’une population mondiale de neuf milliards de personnes !

La session a mis l’accent sur l’appel formulé par tous les participants revendiquant que le rôle de l’agriculture soit estimé à sa juste valeur et que l’agriculture soit considérée comme un secteur économique rentable. C’est là le seul moyen de maintenir la jeune génération dans ce secteur et d’éviter qu’elle parte ailleurs pour se mettre en quête d’autres moyens de subsistance. Les participants à cette première session ont unanimement souligné que c’est uniquement s’ils y voyaient un avantage que les agriculteurs investiraient, accroîtraient la productivité et apporteraient ainsi leur contribution à la sécurité alimentaire au 21ème siècle.
Aggrey Mahanjana, Secrétaire général de l’AFASA (African Farmers Organisation of South Africa) fait remarquer que « si nous voulons nourrir neuf milliards de personnes, nous devons adopter de nouvelles politiques, en particulier pour soutenir les petits agriculteurs. Les agriculteurs ne sont pas des organismes de bienfaisance, ils doivent réaliser des bénéfices, sinon ils abandonnent ». Mahanjana a souligné que c’est précisément là, à cette interface entre l’agriculture familiale et l’agriculture rentable, que de nouvelles technologies sont requises.

Dans sa présentation, Marcella Villareal de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a expliqué ce qu’il fallait entendre par « agriculture familiale » : l’agriculture familiale est celle pratiquée sur une surface de 0,5 à 1 hectare, et elle concerne 72 pour cent de ces petits agriculteurs. Selon Villareal, ce sont ces agriculteurs qui étaient au centre de l’Année internationale de l’agriculture familiale proclamée par les Nations unies, qui a été un grand succès. De nombreuses solutions politiques et technologiques ont été identifiées et élaborées, par exemple des machines et matériels appropriés pour l’agriculture familiale au Brésil et en Argentine ou de nouveaux micro-crédits offerts par la Rabobank néerlandaise. Il importe néanmoins que ces initiatives privées soient soutenues par les politiques afin de développer des structures correspondantes dans les régions rurales et d’éliminer les goulets d’étranglement financiers, a expliqué la représentante de la FAO.
Tous les participants ont également requis de nouvelles approches politiques et des technologies améliorées afin de réduire les pertes alimentaires considérables occasionnées dans tous les pays, au Nord comme au Sud, ce qui était également l’une des préoccupations principales de la présidente Nguleka. « Pourquoi gaspillons-nous tant de nourriture et pourquoi tant de personnes sont-elles obèses alors qu’en même temps tant de personnes souffrent de la faim ? » a-t-elle demandé en exigeant de nouveaux modes de nutrition.

La compétitivité des exploitations familiales était un autre sujet de discussion important à Milan. La question a été abordée par le président de la Fédération italienne des agriculteurs Coldiretti, Roberto Moncavo. « Les agriculteurs produisent de grandes quantités d’aliments, mais ils sont mis en échec par les aliments bon marché inondant le marché », s’est plaint Moncavo. C’est le cas notamment en ce qui concerne le secteur italien du riz, qui souffre des importations de riz bon marché. La solution qu’il propose dans l’optique d’une agriculture durable est, d’une part, une production agricole locale centrée sur le consommateur et, d’autre part, la concentration sur des spécialités régionales se prêtant à l’exportation. Le président de la Fédération des agriculteurs a ajouté que l’Italie était chanceuse à cet égard et, en prenant ce pays comme exemple, a démontré comment l’industrie alimentaire italienne avait réussi à conquérir de nouveaux marchés grâce à ces spécialités. Les partenaires de cette industrie étaient les nombreuses exploitations familiales qui étaient capables de vendre leurs produits à des prix compétitifs.

Session 2 : Solution intelligentes et changement climatique

Non seulement l’agriculture est un facteur clé dans la sécurité alimentaire du 21ème siècle, mais elle est également le principal émetteur de CO2, ce qui a amené l’ensemble des participants à la conférence de l’OMA à Milan à conclure que les agriculteurs devraient à l’avenir produire davantage tout en utilisant moins d’intrants et en adoptant des méthodes de production respectueuses du climat. Cette demande a également été inscrite dans la Déclaration de Milan, que les fédérations d’agriculteurs organisées au sein de l’OMA, ont adoptée lors de leur Assemblée générale le 25 juillet.
Selon Joachim Rukwied, président de la fédération allemande des agriculteurs (DBV), la fin de l’ère fossile annoncée par la transition énergétique en Allemagne est le bon moment pour appliquer des technologies nouvelles ménageant l’environnement telle que l’agriculture sans labour, l’agriculture de précision à l’aide de systèmes de positionnement par satellite de type GPS, l’utilisation plus ciblée de fertilisants et de pesticides ainsi que l’intégration des bioénergies dans le fonctionnement des matériels agricoles.

Carlo Lambro, président de la marque New Holland Agriculture, a présenté la stratégie « New Holland’s Clean Energy Leader® » lancée en 2006 et a mis l’accent sur le concept de l’exploitation autonome en énergie conçu par New Holland, qu’il décrit comme étant le premier exemple d’un cercle énergétique vertueux. L’idée est que les agriculteurs peuvent se libérer de la contrainte des carburants fossiles en « cultivant » leurs propres sources d’énergie (solaire, éolien ou biomasse) pour produire l’électricité dont ils ont besoin pour alimenter le fonctionnement de l’exploitation et de ses équipements agricoles.

Selon Charlotte Hebebrand, la représentante de l’Association internationale de l’industrie des fertilisants (International Fertilizer Association - IFA), l’agriculture restera toujours un émetteur ; les engrais minéraux contribuent eux aussi aux émissions de CO2. Cependant, les cibles visées doivent rester réalistes, l’adaptation au changement climatique devant servir de point de départ. Hebebrand a souligné qu’il ne pouvait y avoir de production agricole sûre sans engrais et a expliqué que le secteur des fertilisants optait pour un accroissement de l’efficacité dans l’application des fertilisants en vue de réduire de moitié les émissions de CO2.

En plus des questions liées au changement climatique et de la gestion des ressources en eau, une autre préoccupation majeure des agriculteurs est la conservation de la fertilité des sols. Matteo Bartolini, un exploitant du Sud de l’Italie et président du Conseil européen des jeunes agriculteurs, a présenté une approche intéressante pour promouvoir une utilisation efficace de l’eau. À l’aide d’échantillons de sol prélevés quotidiennement, il détermine avec précision les véritables besoins en eau des terres cultivées, et parvient ainsi à accroître les rendements tout en ayant  une consommation minimale d’eau.
Au cours de la discussion plénière ayant suivi, les participants à la conférence ont réaffirmé qu’il existait un besoin considérable de nouvelles technologies et de méthodes améliorées mettant l’accent sur le cycle du carbone, le cycle énergétique et une gestion plus efficace des ressources en eau et enfin, ce qui n’est pas moins important, sur une qualité améliorée et une utilisation plus efficace des fertilisants.


Angelika Wilcke, responsable de la rédaction rural 21, Francfort-sur-le-Main
e-mail: a.wilcke@dlg.org