Homme réglant un système d’irrigation dans un champ.
Photo: ©FAO/Riccardo Venturi

L’irrigation risque d’aggraver la rareté de l’eau

Sans politiques d’accompagnement, les investissements dans les technologies d’irrigation risquent d’aggraver la rareté de l’eau car les agriculteurs peuvent passer à des cultures nécessitant de grandes quantités d’eau ou agrandir les superficies irriguées.

Fin août 2018, l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires a déclaré qu’à elle seule, l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation, grâce à la technologie, ne réduit pas la consommation d’eau mais que, paradoxalement, elle peut même aggraver la rareté de l’eau.
 
Selon l’étude The Paradox of Irrigation Efficiency (le paradoxe de l’efficacité de l’irrigation), publiée dans Science, l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation peut entraîner une plus grande consommation dans les exploitations agricoles, un accroissement de l’extraction de l’eau souterraine et même une plus grande consommation d’eau par hectare. D’où le paradoxe – une irrigation plus efficace peut aggraver la rareté de l’eau, au lieu de l’améliorer.
 
Ce paradoxe résulte de l’utilisation accrue de l’eau par les cultures existantes, du passage à des cultures plus gourmandes en eau ou de l’accroissement des superficies irriguées, autant de facteurs qui sont dus à l’amélioration de l’application de l’eau dans les champs grâce à l’utilisation de techniques d’irrigation modernes.
  
L’irrigation représente 70 pour cent des extractions d’eau à l’échelle mondiale, plus de 80 pour cent de la consommation d’eau, et elle fournit environ 40 pour cent des calories alimentaires mondiales. Il est donc essentiel de comprendre comment l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation modifie la disponibilité de l’eau pour résoudre les problèmes de l’eau dans le monde.
  
Cette étude montre que pour que les technologies d’irrigation modernes réduisent la rareté de l’eau, il faut que les investissements s’accompagnent d’évaluations hydrologiques et de contrôles des flux d’eau, de la détermination d’une limite des prélèvements d’eau pour l’irrigation, d’une évaluation des risques et des incertitudes ; d’une estimation des compromis ; et d’une meilleure compréhension des motivations et du comportement de ceux qui irriguent.
 
Les auteurs de l’étude mettent fermement en garde contre la poursuite des pratiques d’irrigation actuelles. Ils se montrent critiques à l’égard des responsables des orientations politiques et des décideurs auxquels ils reprochent de privilégier des solutions technologiques obtuses —soutenir la sécurité alimentaire aux dépens de la sécurité hydrique et de la santé des écosystèmes. De leur point de vue, il faut réformer les politiques d’irrigation actuelles pour atteindre les objectifs de développement durable et pour éviter une crise mondiale de l’eau.
  
(IFPRI/ile)
  
Lire le document The Paradox of Irrigation Efficiency (en anglais): science.sciencemag.org/content/361/6404/748