Même si l’Inde ne figure plus dans la catéorie « alarmant » selon le classement du GHI, le niveau de la faim y reste « grave ».
Photo: © Welthungerhilfe

L’indice de la faim dans le monde 2014

Cette année, l’indice de la faim dans le monde se concentre sur un aspect particulier de la faim souvent négligé : la faim invisible.

A l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, l’Institut International de Recherche sur le Politiques Alimentaires (IFPRI) et les ONG Welthungerhilfe et Concern Worldwide ont présenté la neuvième édition du rapport de l’Indice de la faim dans le monde (Global Hunger Index – GHI)). Le GHI 2014 montre les progrès effectués en matière de réduction de la faim depuis 1990, mais des efforts restent à faire, le niveau de la faim restant alarmant voire extrêmement alarmant dans 16 pays. 

Constatations principales 

  • Les niveaux de la faim sont considérés comme « alarmants » dans 14 pays, dont quatre – Haïti, Laos, Timor-Oriental et Yémen – ne sont pas situés en Afrique au sud du Sahara.
  • Deux pays – le Burundi et l’Érythrée – se trouvent dans une situation jugée « extrêmement alarmante ».
  • Entre 1990 et 2014, 39 pays ont réalisé des progrès modestes, avec des baisses de GHI comprises entre 25 et 49,9 pour cent ; 17 pays ont vu leur GHI diminuer de moins de 25 pour cent.
  • Quatre pays ont vu leur indice progresser depuis 1990 : Irak, Comores, Burundi et Swaziland.
  • Le Bangladesh, le Niger, le Timor-Oriental et le Yémen ont la plus forte prévalence d’enfants de moins de 5 ans souffrant d’insuffisance pondérale, représentant plus de 35 pour cent dans chaque pays


L’Afrique au sud du Sahara

  • L’Afrique au sud du Sahara enregistre un GHI de 18,2 – soit l’indice le plus élevé (le plus mauvais) de la région –, suivie de près par l’Asie du Sud avec une note de 18,1. En 1990, la région affichait un GHI nettement inférieur à celui de l’Asie du Sud, mais elle a depuis accompli moins de progrès. De 1990 à 1995, le GHI de l’Afrique au sud du Sahara a très faiblement augmenté, puis légèrement diminué jusqu’en 2000, avant de décliner plus rapidement de plus de 6 points. Des améliorations ont été constatées à la fin des grandes guerres civiles des années 1990 et 2000, et avec les progrès de la lutte contre le VIH/SIDA, contribuant à réduire la mortalité infantile des pays les plus touchés par l’épidémie.
  • Depuis 2000, les taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans ont baissé en Afrique au sud du Sahara, essentiellement en raison de la baisse de la prévalence du paludisme. D’autres facteurs tels que l’augmentation des taux d’immunisation et de la proportion de naissances dans des centres médicaux, un meilleur accès à l’eau potable et à des installations sanitaires, et une hausse des niveaux de revenus ont permis d’améliorer l’alimentation et l’accès aux soins médicaux.
  • Malgré certains progrès, la plupart des pays de l’Afrique au sud du Sahara contiennent des points névralgiques où la faim reste importante. Dix des 14 pays comptant un GHI « alarmant » se trouvent en Afrique au sud du Sahara, et deux pays comptant un GHI « extrêmement alarmant » – le Burundi et l’Érythrée – sont également situés en Afrique.
  • La République démocratique du Congo n’a pu être notée faute de données fiables sur la sous-alimentation et de moyens d’évaluer le niveau de la faim. On ignore par conséquent si le pays aurait été jugé « extrêmement alarmant », comme cela fut le cas dans les précédentes éditions du rapport jusqu’en 2011. La Somalie est un autre point névralgique probable pour lequel les données font défaut.
  • Les populations déplacées et leurs communautés d’accueil se heurtent à un risque élevé d’insécurité alimentaire, de malnutrition et d’épidémies. La situation sécuritaire dans le nord du Mali s’est améliorée grâce aux efforts internationaux, mais la violence s’est intensifiée au nord du Nigeria. L’exode de populations du nord du Nigeria, de la République centrafricaine, du Darfour et du Soudan accentue la pression sur le Tchad, le Cameroun et le Mali, qui doivent absorber les flots de réfugiés.
  • Le Burundi, l’Érythrée et les Comores comptent la plus forte proportion de population sous-alimentée, à savoir plus de 60 pour cent de la population.
  • L’Angola, le Tchad et la Sierra Leone affichent le plus fort taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans, qui varie de 15 à plus de 18  pour cent.
  • L’Angola, le Tchad, le Ghana, le Malawi, le Niger et le Rwanda sont les pays de l’Afrique au sud du Sahara qui ont connu les plus importantes améliorations du GHI en valeur absolue depuis 1990. Toutefois, seul le Ghana compte parmi les dix pays en développement qui ont le plus amélioré leur GHI entre 2014 et 1990. Dans ce pays, l’insuffisance pondérale et la mortalité infantile ont été réduites de plus de 40 pour cent, et la proportion de personnes sous-alimentées est passée de 44 pour cent en 1990–1992 à moins de 5 pour cent en 2011–2013.
  • Parmi les pays disposant de données, le Swaziland est celui qui a subi la plus forte hausse du GHI depuis 1990. L’épidémie de VIH/SIDA a réduit la sécurité alimentaire du pays, qui a également souffert de taux de chômage élevés et de sécheresses consécutives. En 2012, la prévalence du VIH chez les adultes était de 26,5 pour cent, soit le taux le plus élevé du monde. La proportion de personnes sous-alimentées a plus que doublé depuis 2004–2006, et l’espérance de vie a chuté de dix ans depuis 1990.


Relever le défi de la faim cachée

Cette année, le GHI se concentre sur un aspect particulier de la faim souvent négligé : la faim invisible. Egalement connue sous la forme de carences en micro-nutriments, la faim invisible touche plus de 2 milliards de personnes dans le monde. Les conséquences de ces carences en vitamines et en minéraux sont à la fois graves et pérennes. La faim invisible n’empêche pas seulement les personnes qui en sont affectées de survivre et de devenir des membres actifs de la société, elle ramène également les pays dans des cycles de malnutrition, de mauvaise santé, de pertes de productivité, de pauvreté persistante et de croissance économique réduite.

La faim cachée – une forme de sous-alimentation résultant d’un apport ou de l’absorption trop faibles de vitamines et minéraux (zinc, iode et fer) pour maintenir une bonne santé ou assurer le développement – touche plus de 2 milliards de personnes dans le monde. 

Dans les situations de non-urgence, la pauvreté est un facteur majeur qui limite l’accès à une alimentation nutritive et adéquate. Parmi les facteurs contribuant à la faim cachée, on compte une mauvaise alimentation, une hausse des besoins en micronutriments à certains stades de la vie comme la grossesse ou l’allaitement, et les problèmes de santé comme les maladies, les infections et les parasites. Ses effets peuvent être dévastateurs, notamment durant les mille premiers jours de la vie de l’enfant, de la conception à l’âge de deux ans, et peuvent entraîner des déficiences mentales, une santé précaire, une faible productivité, voire la mort.

Outre le fait qu’elle affaiblit la santé, la faim cachée peut freiner le développement socio-économique, en particulier dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Le retour sur investissement de l’alimentation peut être élevé. Par exemple, les chercheurs de l’IFPRI ont observé que chaque dollar investi dans l’iodation du sel génère jusqu’à 81 dollars américains de bénéfices. En 2008, le panel d’experts du Consensus de Copenhague a classé les suppléments en vitamine A et en zinc pour les enfants, les fortifiants en fer et en iode et le bio-enrichissement parmi les cinq meilleurs investissements possibles pour le développement économique.

L’amélioration de la diversité alimentaire est l’un des moyens les plus efficaces de prévenir durablement la faim cachée. Elle comprend la promotion du jardinage individuel et le changement des comportements liés aux pratiques alimentaires des nourrissons et des jeunes enfants. D’autres moyens existent comme l’enrichissement des produits alimentaires, qui consiste à ajouter de petites quantités de micronutriments dans les denrées de base ou les condiments pendant la transformation alimentaire, les suppléments alimentaires et le bio-enrichissement.

Pour vaincre durablement la faim cachée, une approche multisectorielle est nécessaire. Elle doit comprendre des mesures dans les secteurs de l’agriculture, la santé, l’eau et l’assainissement, la protection sociale, l’éducation et l’autonomisation des femmes.

Les indicateurs

L’indice de la faim dans le monde 2014 (Global Hunger Index – GHI) est établi pour 120 pays dont les données étaient disponibles pour les trois indicateurs de même poids qui le composent: la proportion de la population qui est sous-alimentée, la proportion des enfants de moins de 5 ans souffrant d’insuffisance pondérale et le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans. Pour certains pays comme l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, la Géorgie, la Birmanie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et la Somalie, la rareté des données ne permet pas de calculer le GHI.

L’augmentation du GHI d’un pays indique une aggravation de la faim, et sa baisse traduit une amélioration de la situation alimentaire du pays. Les notes reposent sur les données sources des trois indicateurs composants. Ces données sont constamment révisées par les agences des Nations Unies qui les compilent, et chaque rapport annuel sur le GHI tient compte de ces révisions. L’indice de la faim dans le monde 2014 reflète des données couvrant la période de 2009 à 2013.


(IFPRI/sri)


Pour plus d’informations:  IFPRI