Carte mondiale d’érosivité des précipitations, adaptée d’après la revue « Scientific Reports ».
Photo: © Scientific Reports

Les zones tropicales sont plus exposées à l’érosion des sols

Alors que l’érosion hydrique est identifiée comme la cause la plus grave d’érosion des sols dans le monde, les tendances mondiales d’érosivité des précipitations demeurent mal quantifiés et les estimations se caractérisent par de grandes incertitudes. Cela empêche la mise en œuvre de stratégies efficaces d’atténuation de la dégradation et de restauration des sols. La quantification de l’érosivité des pluies est un défi car elle exige une fine résolution temporelle (<30 min) et des enregistrements très fidèles des précipitations.

 

Une équipe de scientifiques internationaux du Centre commun de recherche de la Commission européenne, à Ispra, en Italie, a récemment présenté les résultats d’une collecte mondiale de données grâce auxquelles l'érosivité des précipitations a été estimée pour 3 625 stations couvrant 63 pays. Cette toute première base de données mondiales sur l’érosivité des pluies a été utilisée pour élaborer une carte de l’érosivité mondiale.
L’étude a été publiée dans la revue Scientific Reports, en juillet 2017.
 
Pour les experts, les prédictions des modèles d’érosivité à l’échelle mondiale sont très importantes car elles permettent d’évaluer les risques de même que de planifier et de mettre en œuvre des stratégies efficaces d’atténuation des impacts et de restauration des sols.
 
Selon l'étude, l'érosion hydrique attribuable aux précipitations reste peu mesurée, malgré son importance. Cela s'explique par le fait que l'érosion par les précipitations est complexe et influencée par divers facteurs, y compris l'intensité, la durée, la quantité et la fréquence, qui ne sont pas pris en compte dans les méthodes actuelles d'estimation de l'érosivité.
 
Pour modéliser l’érosivité annuelle des pluies pour différentes régions, l’équipe internationale s’est appuyée sur les données relatives aux précipitations recueillies auprès de 3 625 stations réparties dans 63 pays. Leur analyse montre que l’érosivité annuelle moyenne des pluies dans les pays sous climat tropical était plus de deux fois plus élevée que la moyenne mondiale qui est d’environ 2 190 mégajoules de millimètres par hectare, par heure, par an.

L’Amérique du Sud, l’Asie du Sud-Est et l’Afrique occidentale sont les régions les plus touchées

L’Amérique du Sud (en particulier le Brésil, la Colombie et le Pérou), l'Asie du Sud-Est (Cambodge, Indonésie, Malaisie, Philippines et Bangladesh), les Caraïbes, l'Afrique centrale et l'Afrique occidentale présentent des indices moyens d'érosivité annuelle supérieurs à 5 000 mégajoules millimètre par hectare, par heure et par an.
 
Les régions froides et sèches comme le Canada, la Russie, l’Europe du Nord, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient présentent les indices d'érosivité moyens annuels les plus faibles.
 
« Les forêts tropicales et les zones de mousson qui couvrent l’Amazonie au Brésil, l’Afrique centrale et l’Asie du Sud-Est connaissent des pluies intenses, et également des précipitations excédentaires de plus de 1 000 millimètres pendant deux mois consécutifs », a déclaré Panos Panagos, directeur de l’étude et responsable scientifique au Centre commun de recherche de la Commission européenne. « La zone méditerranéenne, qui est une zone à climat tempéré typique, a des précipitations saisonnières moins intenses que celles que connaissent les zones tropicales. »
 

Étant donné que les phénomènes de pluies extrêmes sont plus fréquents en raison de l'évolution du climat, l'érosion des sols devrait augmenter et avoir un impact accru sur la production agricole et contribuer davantage aux risques liés aux catastrophes, comme les inondations et les glissements de terrain. Panos Panagos estime que les risques émergents peuvent être gérés grâce à de bonnes pratiques agricoles, comme la réduction du travail du sol, les cultures de couverture du sol et la pratique du labour suivant les courbes de niveau.
(SciDev/wi)

Voir également l’article dans Nature, Scientific reports (en englais): Global rainfall erosivity assessment based on high-temporal resolution rainfall records