En continuant d’utiliser des combustibles fossiles, on risque d’avoir des étés encore plus chauds et secs que celui de 2018.
Photo: shutterstock/Yuriy Kulik

Les conditions météorologiques extrêmes risquent d’être plus fréquentes

En continuant d’utiliser des combustibles fossiles, on risque d’avoir des étés encore plus chauds et secs que celui de 2018 en raison de l’impact que cela a sur le jet-stream. Selon une équipe internationale de climatologues, la disparition rapide des aérosols produits par la pollution pourrait toutefois atténuer cet impact d’ici le milieu du siècle si les pays tels que la Chine arrêtaient progressivement d’utiliser ce type de combustible.

Les simulations informatiques prévoient une forte augmentation des situations dans lesquelles les ondulations du jet-stream dans l’atmosphère cessent d’avancer et prennent énormément de volume. Cette situation peut favoriser l’apparition de phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents sur terre : les vents d’ouest cessent de pousser vers l’avant les systèmes météorologiques qui, de ce fait, deviennent plus persistants. Une équipe internationale établit un lien entre cette situation et le réchauffement de la planète dû aux activités humaines, surtout dans l’Arctique. 
 
« Nous attendons à une augmentation d’environ 50 pour cent de l’incidence des conditions atmosphériques favorisant une progression hésitante du jet-stream et une stagnation des conditions météorologiques extrêmes, » déclare Michael Mann, de l’université de l’État de Pennsylvanie (les USA) et auteur principal de l’étude à paraître dans Science Advances. « Nous appelons ce phénomène amplification quasi résonnante des ondes planétaires (quasi-resonant amplification of planetary waves – QRA), mais ce que veut dire cette expression savante est bien simple : les populations vont être plus souvent confrontées à des épisodes météorologiques extrêmes et potentiellement dangereux. » Ces systèmes d’ondes planétaires ont été à l’origine des incendies de forêts de 2016 au Canada, des inondations de 2013 en Europe, et de la vague de chaleur de 2010 en Russie.

Réchauffement de l’Arctique et pollution atmosphérique 

Les simulations informatiques tenant compte du fait que l’Arctique se réchauffe bien plus rapidement que le reste de la planète font état d’une augmentation notable des périodes de stagnation. Il en est de même pour les simulations qui tiennent compte des effets de la pollution atmosphérique avec de minuscules particules, ce qu’on appelle aérosols.
 
L’important réchauffement de l’Arctique réduit la différence de température entre le pôle Nord et les zones subtropicales, et c’est cette différence qui est le principal moteur du jet-stream – d’où l’importance de l’Arctique. La pollution atmosphérique bloque une partie du rayonnement solaire, par exemple dans les régions comptant de nombreuses centrales thermiques polluantes au charbon, et entraîne ainsi un léger refroidissement temporaire local. Elle contribue également à réduire la différence de température avec le pôle Nord.

« Nos constatations donnent notamment à penser qu’une réduction de la pollution atmosphérique dans les pays industrialisés pourrait en partie rétablir la différence naturelle de température entre les moyennes latitudes et l’Arctique – ce qui, à son tour, contribuerait à empêcher la future augmentation de la stagnation des ondes planétaires et les conditions météorologiques extrêmes qui y sont liées, » déclare Stefan Rahmstorf. « Il est intéressant de noter que la fermeture de centrales thermiques au charbon contribue à éviter la déstabilisation du climat de deux façons : en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, qui sont le moteur du réchauffement général et de l’Arctique en particulier, et également en réduisant la pollution atmosphérique. Ainsi, si nous voulons limiter l’augmentation des épisodes météorologiques dangereux, l’abandon progressif et rapide du charbon semble vraiment être une bonne idée. »  
 
« Les modèles climatiques ne sont pas encore assez évolués pour prédire ces types d’épisodes météorologiques extrêmes à des moments ou en des lieux précis ; ils sont encore trop rudimentaires pour cela, » déclare Dim Coumou, co-auteur de l’étude, qui travaille au PIK et à l’université libre d’Amsterdam (Pays-Bas). « Toutefois, les modèles sont à même de produire des tendances de changement de température à grande échelle et ce, de manière réaliste, » ajoute le co-auteur Kai Kornhuber, du PIK. « Dans le prolongement d’études antérieures sur ce sujet, nous constatons une tendance assez inquiétante dans nos simulations – les conditions météorologiques extrêmes liées aux émissions de gaz à effet de serre sont à la hausse et la stagnation plus fréquente des flux d’air géants dans la haute atmosphère semble être un facteur majeur. »  
 
(PIK/PSU/wi)

Références :

Michael E. Mann, et.al. (2018): Projected changes in persistent extreme summer weather events: The role of quasi-resonant amplification. Science Advances, Vol. 4, no. 10  [DOI: 10.1126/sciadv.aat3272] 

Lien avec l’article :
http://advances.sciencemag.org/content/4/10/eaat3272

Lien avec l’Institut de Potsdam pour la recherche sur le changement climatique :
https://www.pik-potsdam.de/news/press-releases/extreme-weather-will-likely-become-more-frequent-due-to-stalling-of-giant-waves-in-the-atmosphere?set_language=en

Lien avec les presses de la Penn State University release:
news.psu.edu/story/545128/2018/10/31/research/controlling-future-summer-weather-extremes-still-within-our-grasp