Le maïs est la culture vivrière la plus importante du monde.
Photo : FAOALC

Le maïs résistant à la sécheresse peut-il lever la pression exercée sur les agriculteurs africains ?

Le maïs résistant à la sécheresse offre-t-il une réponse à la pression exercée sur les agriculteurs africains par le changement climatique ? Le Centre de recherche pour le développement (ZEF) a organisé à Bonn, en Allemagne, un panel d’experts pour aborder cette question.

Le maïs est une importante culture vivrière dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne puisqu’elle occupe environ 33 millions des 194 millions de hectares cultivés dans cette région. Toutefois, El Niño et le réchauffement climatique ont eu des effets dramatiques sur l’agriculture dans de vastes parties de la région. Le phénomène El Niño a atteint un record d’intensité en 2015-2016 et l'Éthiopie, qui faisait partie des pays touchés en Afrique, a connu l’une des pires sécheresses de ces dernières décennies. Le pays, qui est le cinquième plus grand producteur de maïs du continent, a subi de très importantes pertes de récoltes et on estime que 1,35 million d’agriculteurs ont ainsi été privés de semences.

 

En Afrique de l’Ouest, le réchauffement climatique sera à l’origine de saisons pluvieuses plus courtes, de conditions plus arides, de périodes de sécheresses prolongées et plus fréquentes. Selon l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), les agriculteurs du nord du Ghana considèrent que les inondations et les sécheresses sont les principaux défis menaçant leurs revenus et leur sécurité alimentaire et nutritionnelle. En coopération avec le Centre international pour l’amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), l’IITA a, en 2006, lancé le projet « Maïs pour l’Afrique résistant à la sécheresse » (en anglais, Drought Tolerant Maize for Africa ou DTMA) qui intervient actuellement dans 13 pays d’Afrique subsaharienne. Les résultats et les expériences recueillis dans le cadre de ce programme, qui a pris fin en 2015 et incluait également du maïs génétiquement modifié, ont été discutés lors d’un panel d’experts tenu en mai 2017 au ZEF.

Tahirou Abdulaye, un agro-économiste de l’IITA basé à Ibadan, au Nigeria, a souligné que le DTMA s’appuie sur les plantes résistant à la sécheresse, mais envisage une mise à l’échelle des variétés de maïs tolérantes à la sécheresse (DTMV). Ces plantes peuvent résister à la sécheresse, mais incluent également des variétés à maturation intermédiaire et tardive qui peuvent s’adapter à la sécheresse entre les saisons et pendant la période de floraison. Plus de 200 variétés ont été mises au point.

En 2015, Abdulaye a participé à une étude menée auprès de 2 305 familles d’agriculteurs au Nigéria dont 24 pour cent avaient adopté des variétés de maïs tolérantes à la sécheresse (DTMV). « Ce taux est satisfaisant », a commenté Abdulaye, « même si le niveau d’adoption est probablement moins élevé au Ghana et au Bénin. » L’étude a également constaté que l’accès aux semences avait un impact considérable sur le taux d’adhésion, celui-ci passant à 90 pour cent quand les conditions d’accès étaient bonnes et que les familles des agriculteurs étaient suffisamment informées sur les avantages des nouvelles plantes.

Concernant les problèmes auxquels le projet s’est trouvé confronté, Abdulaye a soutenu que l’efficacité des systèmes de vulgarisation agricole était en recul en Afrique. « Nous avons encouragé la nouvelle technologie pendant dix ans et, malgré tout, certaines communautés n’en avaient jamais entendu parler. » Un autre inconvénient relevé par Abdulaye concerne le recyclage. Il n’y a pas de semences hybrides à vendre.

Les implications sociales et culturelles des semences et plants ont également été abordées par David Millar, Vice-chancelier du Millar Institute for Transdisciplinary and Development Studies à Bologatanga, Ghana. Millar a souligné que de nouvelles semences soumettaient toujours les agriculteurs à de nouvelles exigences et qu’un agriculteur devait toujours tenir compte de l’ensemble des utilisations auxquelles elles se prêtaient.

« Les agriculteurs gardent généralement leurs semences bien qu’ils puissent également s’en procurer auprès d’autres agriculteurs, a fait remarquer M. Millar. « S’en remettre à d’autres est une question délicate. Il faut garder des semences. La situation est trop difficile pour ne compter que sur des semences acquises à l’extérieur. »

Ernst Mill, chef d’équipe du programme « Adaptation of Agro-Ecosystems to Climate Change » (AAESCC) géré par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit au Ghana, encourage l’adoption de technologies dans les systèmes de vulgarisation du pays depuis plus de quatre ans. Il a constaté que les faibles précipitations étaient responsables de 50 à 60 pour cent des pertes de production céréalière. Il a collaboré avec le ministère de l’Agriculture et l’Institut de recherche agricole sur la savane (SARI) pour trouver des moyens de réduire l’impact du changement climatique. En plus de promouvoir l’adoption de nouvelles variétés de maïs, les mesures proposées incluaient l’amélioration de la fertilité des sols grâce à l’épandage de fumier de ferme.

Dans l’ensemble de la région subsaharienne, la production de maïs est en moyenne de 1,8 tonne à l’hectare, soit nettement moins que le potentiel génétique de cette céréale. Une étude sur le terrain menée par le SARI au Ghana a montré que les récoltes variaient considérablement d’une année à l’autre. Sur trois ans, la variété Wandata, très appréciée, a eu un rendement moyen de 2,4 tonnes à l’hectare, bien qu’on ait enregistré des récoltes de 2,7 tonnes à l’hectare dans certaines régions.

Une variété de maïs déjà distribuée dans les années 1990 n’a pas donné satisfaction car sa période de végétation était trop longue, ce qui la rendait plus vulnérable aux impacts climatiques. « Les très vieilles variétés sont devenues extrêmement rares, » a déclaré M. Mill lors de la réunion. « C’est pourquoi l’acceptation des nouvelles variétés n’a pas posé de problème. Elles n’ont malheureusement pas donné leur plein potentiel étant donné la faible qualité du sol. » Il a également fait référence à un certain nombre de contraintes auxquelles les agriculteurs de la région du projet sont confrontés, par exemple le manque de tracteurs, de main-d’œuvre et d’installations de stockage qui leur auraient permis de tirer un meilleur prix de leur maïs.

Les experts ont conclu qu’il y a en effet un besoin de nouvelles variétés de maïs dans les régions touchées par des phénomènes climatiques extrêmes, mais qu’il est évident que leur impact ne doit pas être surestimé.

Mike Gardner, journaliste, Bonn/Allemagne