Les scientifiques pensent que l’avantage économique des barrages est souvent surestimé, tandis que leurs conséquences pour la biodiversité et la pêche sont souvent sous-estimées.

Les scientifiques pensent que l’avantage économique des barrages est souvent surestimé, tandis que leurs conséquences pour la biodiversité et la pêche sont souvent sous-estimées.
Photo: © A. Wilcke/Rural 21

Le développement du potentiel hydroélectrique menace la diversité biologique

Dans une étude internationale, les scientifiques mettent en garde contre les retombées écologiques et sociales désastreuses des quelque 450 barrages dont la construction est prévue sur les fleuves Congo, Amazone et Mékong.

Le développement mondial de l’énergie hydraulique menace les cours d’eau les plus riches en biodiversité du monde. C’est là le cri d’alarme lancé dans une étude internationale dans laquelle des chercheurs analysent des données recueillies sur les fleuves Amazone, Mékong et Congo. Des scientifiques de l’université allemande de Tübingen et de l’Institut Leibniz d’écologie aquatique et de la pêche en eau douce ont participé à l’étude.

Alors que l’avantage économique des barrages est souvent surestimé, leurs conséquences à long terme pour la biodiversité et la pêche sont, quant à elles, souvent sous-estimées, soulignent les  auteurs. Pour minimiser les impacts sur l'environnement et les êtres humains, ils exigent que des études suprarégionales soient effectuées afin d’évaluer les risques provoqués par la construction de barrages et que ces études tiennent compte à la fois des processus sociaux et écologiques et de leurs interactions. Les résultats de l’étude ont été publiés début janvier dans la revue « Science ».

Madame le Professeur Christiane Zarfl du Centre de géosciences appliquées de l’université de Tübingen avait, en collaboration avec l’Institut Leibniz d’écologie aquatique et de la pêche en eau douce de Berlin, constitué une banque de données sur toutes les grandes centrales hydroélectriques qui se trouvent actuellement en construction ou dont la construction est prévue dans le monde.  Une équipe internationale de scientifiques a, à présent, combiné ces informations à des données actuelles sur la distribution des espèces de poissons dans les trois grands systèmes hydrographiques et les a représentées sur des cartes.

Les scientifiques soulignent que les bassins fluviaux tropicaux de l’Amazone, du Mékong et du Congo abritent plus de 4 000 espèces, soit près d’un tiers de toutes les espèces de poissons d’eau douce connues dans le monde. La plupart de ces espèces sont endémiques et ne vivent que dans ces régions. À l’heure actuelle, l’hydroélectricité est encore très peu exploitée sur ces fleuves, mais la construction de plus de 450 grands barrages y est prévue. Selon les auteurs, ces projets n’ont pas seulement des répercussions sociales, telles que des déplacements de populations.

Les meilleurs sites de production d’électricité sont en même temps des régions qui renferment une diversité d’espèces unique en son genre. Le danger que de grands barrages réduisent la richesse en poissons et entravent la migration des poissons est grand. Ces barrages peuvent isoler les populations de poissons les unes des autres et interrompre leurs cycles de vie. Les scientifiques mettent en garde que les barrages risquent de limiter la dynamique naturelle d’un fleuve et créer ainsi des biotopes moins diversifiés et moins productifs. Cela ne réduit pas seulement la richesse en espèces, mais compromet également la pêche et l’agriculture qui dépendent de la dynamique des cours d’eau. 

L’étude entend montrer combien le choix judicieux des lieux d’implantation d’un barrage est important pour une gestion durable des ressources en eau, souligne Professeur Zarfl dans un communiqué de presse.
Concernant le développement de la production d’hydroélectricité, les auteurs insistent sur la nécessité de procéder à une planification intégrée garantissant l’équilibre entre l’exploitation du potentiel hydroélectrique et la préservation des ressources naturelles. Pour évaluer les risques, toutes les données disponibles doivent être utilisées. Les auteurs demandent en particulier aux bailleurs de fonds d’exiger des analyses qui tiennent compte des effets cumulés des barrages existants et planifiés et qui étudient explicitement des sites d’implantation optionnels. « C’est seulement ainsi que l’on parviendra à atteindre des objectifs sociaux et à réduire les répercussions sur l'environnement ».

(idw/wi)

Publication (en anglais) : K.O. Winemiller et al. : Balancing hydropower and biodiversity in the Amazon, Congo, and Mekong. Science, vol. 351, n° 6269, p. 8 et suiv. Janvier 2016.