Le changement climatique entraînera une baisse des disponibilités en aliments nutritifs comme les légumes. <br/>Photo: © David Trainer (flickr)

Le changement climatique entraînera une baisse des disponibilités en aliments nutritifs comme les légumes.
Photo: © David Trainer (flickr)

Le changement climatique pourrait provoquer un déséquilibre sévère du régime alimentaire

Le changement climatique aura un impact grave sur la production alimentaire mondiale et pourrait causer quelque 529 000 décès supplémentaires en 2050 du fait de l’évolution des régimes alimentaires dans un scénario de statu quo en ce qui concerne les émissions de carbone, affirme une étude réalisée par une équipe de scientifiques britanniques.

Selon une étude menée par des chercheurs britanniques et publiée dans la revue médicale The Lancet en mars, les dérèglements climatiques perturbant le régime des températures et des précipitations pourraient entraîner une baisse de la productivité agricole dans le monde et obliger les populations à consommer moins de viande rouge et moins de fruits et légumes dont la culture exige des apports d’eau importants. Cette évolution viendrait contrecarrer les efforts actuellement déployés pour améliorer la nutrition des personnes les plus pauvres du monde.
 
Pour leur modélisation, les scientifiques ont associé un cadre de modélisation agricole détaillé, le modèle international d’analyse politique des produits agricoles et du commerce (modèle IMPACT), à une évaluation comparative des risques que les changements dans la consommation de fruits, de légumes et de viande rouge ainsi que dans le poids corporel entraînent en termes de décès suite à une maladie cardiaque coronarienne, à des accidents cérébraux vasculaires, au cancer et à diverses autres causes. Ils ont calculé l’évolution du nombre de décès attribuables à une modification du poids et du régime alimentaire due au changement climatique pour une combinaison de quatre profils d’émission (un niveau d’émissions élevées, deux niveaux d’émissions moyennes et un niveau de faibles émissions) et pour trois profils socioéconomiques (développement durable, développement intermédiaire et développement plus fragmenté), qui comprenaient chacun six scénarios basés sur des données climatiques variables.

Contrairement à des modèles antérieurs, l’étude analyse la qualité, et non pas seulement la quantité d’aliments disponibles suite au réchauffement climatique, afin d’estimer l’impact du phénomène sur la santé. Les auteurs de l’étude notent qu’une baisse, même modeste, de la nourriture disponible par personne peut entraîner d’importantes modifications de la valeur énergétique et de la composition des régimes alimentaires et avoir de fortes répercussions sur la santé des gens.

Dans ce modèle, la plupart des décès dus au changement climatique se produiront dans les pays d’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental, en particulier en Chine et en Inde. « Prenez l’Inde, par exemple, où les légumes et les fruits seront probablement remplacés par des pommes de terre et du riz qui ont moins d’effets bénéfiques sur la santé que les légumes à feuilles », explique Marco Springmann, chercheur politique au sein du programme Martin Oxford sur l’avenir de l’alimentation au Royaume Uni, qui a dirigé l’étude.
 
Les auteurs de cette modélisation concluent que les effets du changement climatique sur la santé qui résultent d’une évolution des régimes alimentaires et des facteurs de risques liés au poids pourraient être considérables et être plus importants que d’autres impacts attendus du changement climatique sur la santé. L’atténuation du changement climatique permettrait de réduire un grand nombre de décès liés au climat, selon eux. Le renforcement des programmes de santé publique visant à prévenir et à traiter les facteurs de risques liés au régime alimentaire et au poids pourrait constituer une stratégie appropriée d’adaptation au changement climatique.

Commentaires d’un expert de l’OMS

Un rapport établi en 2014 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi que le changement climatique pourrait être à l’origine du décès de 85 000 enfants âgés de moins de cinq ans du fait de la malnutrition d’ici à 2050, mais ces chiffres ne tiennent pas compte des changements intervenus dans les régimes alimentaires.

Commentant l’étude, Diarmid Campbell-Lendrum, l’un des auteurs du rapport de 2014 et directeur de l’équipe de l’OMS sur le changement climatique et la santé, note que le facteur déterminant des taux de mortalité indiqués dans la nouvelle étude est la réduction estimée de la consommation de fruits et légumes. « Cette hypothèse est vraisemblable dans la mesure où nous savons que de faibles niveaux de consommation de ces types d’aliments sont aujourd’hui un facteur de mortalité majeur », ajoute-t-il. « Il est néanmoins important de souligner que le nombre de recherches effectuées sur les effets du changement climatique sur la production, et donc également sur la disponibilité de fruits et légumes, est nettement moindre que celui des recherches effectuées sur les cultures vivrières de base ».

Campbell-Lendrum se félicite que la nouvelle étude ait « élargi la gamme des données probantes au-delà des simples calories » et ait sensibilisé au fait que le changement climatique représente une grande menace pour la santé publique ainsi que pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

(SciDev/Lancet/wi)

Pour en savoir plus :

Étude de Marco Springmann et al. : Global and regional health effects of future food production under climate change : a modelling study (The Lancet, 2 March 2016)

Rapport de l’OMS 2014 : Quantitative risk assessment of the effects of climate change on selected causes of death, 2030s and 2050s (OMS, 2014)