Les jeunes participants du « Rural Future Lab » ont remis au ministre fédéral allemand Gerd Müller la « Charte de Berlin ».
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L’avenir du monde rural – de la connaissance à l’action

À la fin d’avril 2017, le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) a invité environ 600 représentants de 45 pays à participer à la Conférence du G20 « Un seul monde sans faim – L’avenir du monde rural », organisée à Berlin. La réunion était axée sur la création d’emplois et l’amélioration des perspectives d’emploi pour les jeunes.

C’est dans les zones rurales que se décidera l’avenir de l’humanité. Cette conviction a constitué la toile de fond de la conférence « Un seul monde sans faim – L’avenir du monde rural » à laquelle Gerd Müller, ministre fédéral de la coopération économique et du développement, avait invité des acteurs des milieux politiques, du secteur privé, du monde universitaire et de la société civile à Berlin, fin avril, dans le cadre de la présidence allemande du G20. Cette manifestation a mis l’accent sur la façon de créer des emplois et d’ouvrir des perspectives d’emploi dans les zones rurales, plus particulièrement en ce qui concerne les jeunes.

130 jeunes venus d’Afrique, de pays du G20 et d’Allemagne ont également assisté à la conférence. Dans le cadre des préparatifs de la manifestation et compte tenu de leurs expériences en tant qu’exploitants agricoles, entrepreneurs ou représentants d’associations d’agriculteurs ou d’ONG, ils ont échangé leurs points de vue sur la création de régions rurales attrayantes lors du « Rural Future Lab » (laboratoire sur l’avenir du monde rural) et ils ont donné des exemples de start-ups innovantes et de modèles économiques aux participants à la conférence.

Par ailleurs, leurs idées ont été prises en compte dans la « Charte de Berlin ». Avec cet « appel à l’action », qui a été officiellement accepté par le ministre fédéral allemand de la coopération et du développement lors de la conférence, il a été demandé aux décideurs politiques présents au G20 et du monde entier de prendre des mesures concrètes en faveur du développement rural et de créer plus d’emplois pour les jeunes. Dans la « Charte de Berlin », des experts issus des milieux scientifiques, de la société civile, du secteur privé et de la coopération au développement ont rédigé un concept directeur pour un développement rural moderne, ouvert à l’innovation, abordant de nombreux thèmes dans lesquels des améliorations sont nécessaires pour que vivre en milieu rural présente un attrait pour les jeunes. Ces thèmes ont également constitué les idées maîtresses des forums d’experts individuellement organisés lors de la conférence : entreprenariat, emplois et compétences ; innovation et opportunités numériques ; sécurité alimentaire et protection sociale ; paysages durables et résilience au changement climatique ; infrastructure et liaison entre zones rurales et zones urbaines ; bonne gouvernance ; finances et financement.

Les centres d’innovations vertes pour le secteur agricole et agroalimentaire

La deuxième journée de la conférence a notamment été consacrée à des exemples pratiques – initiatives de mise en œuvre concrète soutenant le progrès et la création d’emplois dans les zones rurales, notamment pour les jeunes. Andreas Proksch, directeur du département Programmes sectoriels et mondiaux à la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ), a présenté les 14 Centres d’innovations vertes pour le secteur agricole et agroalimentaire qui ont été créés dans le cadre de l’initiative spéciale « Un seul monde sans faim » (SEWOH) du BMZ menée dans 13 pays africains et en Inde. Ces centres visent à permettre aux agriculteurs d’accroître leur productivité et d’améliorer leurs compétences commerciales, notamment grâce à la création d’un total de 20 chaînes de valeur dues à l’établissement d’un lien entre recherche et développement, et à la facilitation de l’auto-organisation des agriculteurs. À cette fin, les initiatives œuvrent en étroit partenariat avec des entreprises privées allemandes, ainsi qu’avec des institutions internationales d’éducation et de recherche. « Avec les centres d’innovations vertes, nous ne réinventons pas la roue. L’objectif est au contraire de faire connaître les méthodes et technologies localement adaptées, » a expliqué Andreas Proksch. Par exemple, les actions concernent l’introduction de l’irrigation goutte à goutte au Burkina Faso, la promotion de l’utilisation des téléphones mobiles au Togo ou la mécanisation de l’agriculture en Éthiopie.

En raison de la faiblesse du prix du tabac, K. Gondwe, un agriculteur du Malawi, est passé à la culture du tournesol et du soja en 2012. Toutefois, la vente de ses produits lui a posé des problèmes. Avec d’autres agriculteurs, il a donc créé une coopérative. Grâce au contrat signé avec la Sunseed Oil Company, solution soutenue par le Centre d’innovation, la fourniture de semences et la vente de la production sont aujourd’hui garanties. De plus, les agriculteurs bénéficient du service de vulgarisation de la société. « Nous avions tendance à accepter les prix qu’on nous proposait, mais maintenant, c’est plutôt nous qui fixons les prix, » fait remarquer K. Gondwe, décrivant avec enthousiasme les changements que cette solution a apportés, pour lui et ses collègues.

L’organisation indienne Apmas collabore avec le Centre d’innovation pour le secteur agricole et agroalimentaire pour mettre en place des organisations communautaires dans les zones rurales. Grâce à la création de groupes d’entraide, les revenus et les capacités de négociation de nombreux agriculteurs se sont améliorés. En particulier, dans les villages, les perspectives des femmes et des jeunes sont bien meilleures. Sans compter que la migration a diminué. « Des familles ayant migré sont même revenues dans leurs villages, » a déclaré TCS Reddy, directeur général d’Apmas.

Selon Andreas Proksch, d’ici à 2021, les mesures prises dans le cadre des Centres d’innovations vertes auront augmenté les revenus de 860 000 agriculteurs, créé plus de 14 000 emplois, éduqué/formé 1,1 million de personnes et amélioré les moyens d’existence de sept millions de personnes.  

« Voices against hunger »

La famine qui sévit actuellement en Afrique de l’Est a été une autre question abordée lors de la conférence. « Il est honteux de voir les conférences de donateurs se succéder et de ne pas être capables d’offrir quatre millions d’euros en aide d’urgence à l’Afrique, » a critiqué Gerd Müller lors de l’ouverture de la conférence. La communauté internationale des États savait ce qu’il fallait faire pour ouvrir la voie à un monde sans faim. Il faut maintenant passer aux actes. Le ministre et six autres acteurs de la coopération internationale ont formulé des stratégies visant à atteindre ce résultat dans le livre « Voices against hunger » (des voix contre la faim) qu’ils ont présenté lors de la conférence.

Silvia Richter, rédactrice, Rural 21