Des chercheurs du projet BiomassWeb ont interrogé quelque 400 agriculteurs dans le sud-ouest de l’Éthiopie pour identifier les risques majeurs pesant sur la sécurité alimentaire dans ces régions.
Photo: © Till Stellmacher/ZEF

Lancement d’un nouveau réseau d’experts de la biomasse

Le premier réseau panafricain d’experts de la biomasse à usages alimentaires et non alimentaires a été lancé par le Centre allemand pour la recherche sur le développement (ZEF) et le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) basé au Ghana.

La biomasse est déjà utilisée dans les secteurs les plus divers allant de la construction de bâtiments de grande hauteur intégrant des structures en bois à la production d’énergie à base d’algues en passant par le recours aux enzymes pour réduire les températures de lavage. L’Afrique est confrontée à une demande croissante de biomasse, celle-ci pouvant non seulement servir à la production de matériaux industriels bruts et d’énergie, mais renfermant également un énorme potentiel de revenus. Or, un grand nombre de pays du continent continuent de lutter pour assurer leur sécurité alimentaire. BiomassNet, le premier réseau panafricain d’experts de la biomasse à usages alimentaires et non alimentaires, vise à aider les pays africains à assurer leur sécurité alimentaire tout en développant en même temps des activités bioéconomiques durables. Le réseau a été lancé à la mi-juillet par le Centre pour la recherche sur le développement (ZEF) et le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) basé au Ghana.

La biologisation de l’économie

En prenant la parole lors de l'inauguration du réseau BiomassNet et de la réunion du réseau à Bonn, en Allemagne, le Professeur Joachim von Braun a souligné la dépendance de la bioéconomie vis-à-vis des Value Webs par opposition aux chaînes de valeur. « Les processus de la bioéconomie sont omniprésents. Ils concernent tous les secteurs, biologisent l’économie tout entière », fait remarquer le Président du Conseil allemand de la bioéconomie, von Braun. Les matières tirées de la production de biomasse pourraient être directement utilisées. Elles pourraient être traitées et incorporées dans de nouveaux produits basés sur la biomasse. Et l’intelligence biologique pourrait être appliquée à de nouveaux produits et processus. Von Braun est également directeur du Centre pour la recherche sur le développement (ZEF), un institut international affilié à l’université de Bonn qui conduit des recherches interdisciplinaires sur de questions liées au développement.

Von Braun a souligné le rôle essentiel joué par la science et l’innovation dans la résolution de problèmes tels que ceux liés aux objectifs apparemment concurrents entre l’alimentation humaine et l’alimentation du bétail, la bioénergie et la conservation de la nature et des ressources naturelles. Il a également mis l’accent sur la nécessité de mesurer précisément les progrès accomplis dans le domaine de la bioéconomie. « Quelle est la part qu’elle occupe dans le PIB et l’emploi ? Quelle est la part du contenu renouvelable d’origine biologique ? Nous devons disposer de mesures sur les réalisations, et avons besoin de savoir quel est leur impact sur le bien-être des personnes », a dit von Braun en s’adressant à l’assemblée.

C’est sur des questions telles que celles-ci que BiomassNet entre en jeu. Il vise à promouvoir la production, le traitement et le commerce de biomasse en Afrique, ce qui, selon les développeurs du système, accroîtra la sécurité alimentaire et soutiendra les bioéconomies basées sur la connaissance en facilitant les échanges et les discussions au niveau des parties prenantes.

Des chaînes de valeur aux Value Webs

 

La nouvelle initiative est un produit de BiomassWeb, un projet déjà lancé par le ZEF et FARA en 2013 dans le but de fournir des concepts permettant d’accroître la disponibilité de produits alimentaires en Afrique subsaharienne et de faciliter l’accès à ces produits grâce à la production, en plus grandes quantités, de biomasse à usages alimentaires et non alimentaires de meilleure qualité. Selon le Dr Manfred Dénicha, directeur du projet au ZEF, BiomassWeb vise à promouvoir le passage des chaînes de valeur aux Value Webs et s’efforce également d’accroître l’impact de la recherche sur les processus dans le domaine de la bioéconomie. Le système bénéficie du soutien d’un large éventail de partenaires, y compris du secteur privé, de centres de recherche et d’universités en Allemagne et dans toute l’Afrique. Un certain nombre de projets de recherche ont été mis en œuvre dans le contexte de BiomassWeb. Ces projets s’efforcent d’apporter des réponses à diverses questions, par exemple en effectuant une analyse des risques au niveau des petits exploitants éthiopiens ou en s’attaquant à la demande croissante de produits alimentaires de l’Afrique face à la diminution des disponibilités en surfaces agricoles utiles.

« BiomassNet offre une plateforme interactive à la communauté scientifique, aux milieux politiques, aux décideurs et aux praticiens, » a expliqué Christine Schmitt, coordinatrice de BiomassNet au ZEF. « BiomassNet existe également pour diffuser les résultats de la recherche et propager des idées. » Schmitt a tenu avant tout à souligner le potentiel du nouveau réseau à promouvoir le partage de connaissances et les échanges parmi les pays d’Afrique subsaharienne. BiomassNet est soutenu par deux ministères fédéraux allemands, le ministère de l’Éducation et de la Recherche (BMFT) et le ministère de la Coopération économique et du Développement (BMZ).

Ne pas compromettre la production alimentaire et l’environnement

 

« Le défi consiste à réaliser la sécurité alimentaire en Afrique tout en développant la biomasse en tant que source d’énergie et d’autres produits non alimentaires », a commenté Dr Raymond Jatta, Coordinateur du programme au FARA, à l’adresse de l’assemblée. « Cela oblige à scientifiser des questions importantes dans ce contexte, telles que la transition d’une économie basée sur les énergies fossiles vers une économie basée sur la biomasse. » Selon Jatta, BiomassNet pourrait jouer un rôle important à cet égard en facilitant le changement. Basé à Accra, au Ghana, le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA) a été conçu à la fin des années 90 par des universitaires et des responsables d’organismes donateurs et est aujourd’hui l’organe technique de la Commission de l’Union Africaine sur les questions relatives aux sciences agricoles, à la technologie et à l’innovation.

Adebayo Abass, de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), a fait remarquer que de nombreux pays africains avaient déjà adopté la bioéconomie dans leurs politiques. Abass a souligné la nécessité de former plus d’universitaires dans ce domaine. Il estime qu’en recourant à ne nouvelles technologies, les entreprises pourraient dès 2020 utiliser la biomasse pour produire en Afrique et que ces industries pourraient participer à hauteur de 20 pour cent au PIB du continent d’ici à 2030. « Ce qui importe, c’est que nous produisions avec la biomasse plutôt que de l’exporter et que nous ne compromettions pas la production alimentaire et l’environnement ».

Mike Gardner, journaliste, Bonn/Allemagne