Les petits paysans savent eux-mêmes mieux que quiconque comment l’agriculture peut produire plus dans leurs conditions de milieu.
Photo: © Anke Schönborn

L’Afrique a-t-elle besoin d’une révolution verte ?

Quand il s’agit, à l’aide du secteur agricole, d’accélérer la croissance en Afrique, de vastes organigrammes sont rapidement mis sur pied. Mais, les expériences des petits paysans sont-elles suffisamment prises en compte dans ce contexte. Un colloque d’experts qui s’est tenu à la Fondation Konrad Adenauer vers la fin du mois d’août à Berlin a fait le lien entre la théorie et la pratique.

Depuis 2003, le Programme détaillé de développement de l'agriculture africaine (PDDAA) offre un cadre au développement agricole de l’Afrique qui est souvent appelé le « continent des opportunités ». Depuis lors, les objectifs consistant à faire progresser la croissance agricole à six pour cent par an et à investir au moins 10 pour cent du budget national dans le secteur agricole n’ont toujours pas été atteints dans la plupart des pays.  À peine trois ans plus tard, le Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA)  a mis en place un nouveau cadre, le Cadre pour la productivité agricole en Afrique (FAAP). En termes de rendement et de productivité du travail, l’agriculture accuse malgré tout un retard par rapport aux autres régions en développement, a constaté Dr Aggrey Agumya, du Secrétariat du FARA au Ghana lors du colloque d’experts de la Fondation Konrad Adenauer à Berlin : « Nous devons agir ! » En janvier 2015, les gouvernements africains veulent réviser le PDDAA et adopter une stratégie visant à doubler la production agricole d’ici à 2025. 

 

Introduire de nouveaux systèmes de production agricole

Pr Keijiro Otsuka du Collège doctoral de recherche politique (National Graduate Institute for Policy Studies) à Tokyo met l’accent sur les connaissances locales. Les petits paysans savent eux-mêmes mieux que quiconque comment l’agriculture peut produire plus dans leurs conditions de milieu. C’est aussi à leur niveau qu’est mis en œuvre le Rapport sur l’agriculture mondiale, a souligné Pr Otsuka, car celui-ci est interprété de différentes façons : la priorité doit-elle être donnée à un accroissement de la recherche, à des semences de maïs améliorées ou à une intensification de la production rizicole ? 

Otsuka mise sur les capacités de gestion des petits paysans. Grâce à l’aménagement de terrasses et à l’irrigation, ils ont, ces dernières années, réussi à accroître leurs rendements de riz, qui sont passés de 1,3 à 2 tonnes par hectare. Selon Otsuka, les petits paysans essayent plus souvent de nouvelles semences que les grandes exploitations et sont ouverts aux nouvelles techniques. Souvent, le fait de concentrer tous les efforts sur l’accroissement des rendements passe à côté de l’objectif. Ainsi, l’association de maïs et de haricots permet, grâce à la fixation de l’azote par la légumineuse, d’obtenir un bénéfice supplémentaire sous forme d’amélioration de la fertilité des sols, même si les rendements de maïs diminuent pour cette raison de vingt pour cent. Ce qui est important, c’est de davantage soutenir les petits agriculteurs dans le domaine de la gestion. Il existe d’innombrables exemples dans lesquels l’intégration de la production animale aux cultures de plein champ a eu des incidences économiques favorables. Cependant, dans ce domaine, de nombreuses questions restent en suspens : ne vaut-il pas mieux composter le fumier à la ferme plutôt que l’épandre sur les champs ? Quelle est la capacité de charge d’un site régional en unités de gros bétail ? Et comment les paysans peuvent-ils se procurer des races animales hybrides qui améliorent les performances de races animales locales ? L’Inde et la « révolution blanche » que le pays a connue grâce à la production de lait est un bon exemple du développement rural, a résumé Pr Otsuka.

 

Le gouvernement fédéral prévoit la création de « centres d’innovations vertes »  

Le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) créé ce qui est appelé des centres d’innovations vertes : le ministre fédéral, Dr. Gerd Müller,  a parallèlement lancé la nouvelle campagne « Pour un monde sans faim ». Son directeur, Stefan Schmitz, a présenté l’Initiative au colloque d’experts. Elle repose sur deux axes prioritaires du PDDAA, le développement des marchés et la recherche, et constituera un nouveau troisième pilier à côté du développement rural et de la sécurité alimentaire : davantage de ressources financières. Les objectifs sont l’élimination de la faim et de la sous-alimentation ainsi que la mise à disposition de ressources alimentaires pour toutes les générations futures. L’Initiative entend regrouper les planifications et intégrer les paysans sur place. Les centres doivent initier des processus d’innovation et promouvoir la formation initiale et continue. L’objectif est de promouvoir les petits paysans et d’intégrer les marchés informels. L’agriculture doit être intensifiée au moyen de méthodes compatibles avec les impératifs environnementaux. Le Mali s’est déjà soumis avec succès à la procédure de sélection pour la création d’un tel centre. D’ici la fin septembre, d’autres missions d’examen sont prévues pour l’Éthiopie, le Kenya, la Zambie et le Togo. 

 

Pour en savoir plus :

PDDAA 

Cadre pour la productivité agricole en Afrique (FAAP)


Roland Krieg, journaliste, Berlin/Allemagne