Est-ce que, stimulé par des incitations financières et un cadre économique favorable, l’investissement en Afrique entraînera réellement une croissance économique et la création d’emplois sur le continent ?
Photo: © Tobias Bexten

L’Afrique a-t-elle besoin d’un Plan Marshall ?

À Bonn, Allemagne, en septembre dernier, un groupe de politiciens, d’universitaires et de représentants d’ONG a exprimé son point de vue sur le Plan Marshall du gouvernement allemand pour l’Afrique et a examiné ce que la coopération avec le continent nécessite réellement.

À Bonn, Allemagne, en septembre dernier, L’Institut allemand de développement (DIE), un important groupe de réflexion sur le développement mondial et la coopération internationale, ainsi que l’Institut allemand Südwind pour l’économie et l’œcuménisme, ont organisé un débat de groupe portant sur le Plan Marshall avec l’Afrique. Ce plan a été lancé plus tôt cette année par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) pour promouvoir le développement et la paix.

Le Plan Marshall pour l’Afrique s’appuie sur l’hypothèse selon laquelle, stimulé par des incitations financières et un cadre économique favorable, l’investissement apportera la croissance économique, la création d’emplois et la réduction de la migration. Christine Hackenesch, chercheuse principale au DIE, se montre sceptique à ce sujet. Elle fait également remarquer que les efforts de l’Union européenne visant à améliorer la gestion de la migration ne doivent pas agir au détriment des mesures régionales. Et elle insiste sur le fait que l’UE et l’Allemagne devraient en faire beaucoup plus pour promouvoir les droits de l’homme en Afrique. Christine Hackenesch fait remarquer qu’en moyenne, les démocraties africaines ont des taux de croissance économique bien plus élevés qu’ailleurs sur le continent.

« Le choix du nom du nouveau programme équivaut à réduire le développement en Afrique au contexte de l’après-Seconde guerre mondiale », déclare Boniface Mabanza, coordinateur du centre KASA, centre de services et d’informations pour l’Afrique australe, basé à Heidelberg. « Il est toujours problématique d’appliquer des termes prédéfinis à un nouveau concept. Le Plan Marshall était inspiré par l’intérêt des États-Unis pour l’ouverture de nouveaux marchés de vente et était conçu comme un moyen d’amorcer la pompe qui permettrait à l’économie européenne de se relancer avec l’injection d’importants capitaux. »

« Le BMZ n’a pas réellement un Plan Marshall, » fait valoir Monsieur Mabanza. « Gerd Müller, ministre du Développement, ne vient que commencer à opérationnaliser les éléments individuels. Cet exercice revient à réaffecter des fonds existants. C’est une insulte. » Boniface Mabanza propose que, compte tenu des énormes différences entre les 54 pays africains, le BMZ examine de plus près le continent et consulte « les personnes qui connaissent bien ses problèmes ». 

Boniface Mabanza fait remarquer qu’en termes de flux de capitaux, l’Afrique perd plus d’argent qu’elle n’en reçoit en vertu de la coopération au développement. Il faut mettre fin aux mesures de développement qui sont néfastes au continent africain. C’est pourquoi, fait-il valoir, il est essentiel que tout Plan Marshall bien intentionné prenne ses distances avec les Accords de partenariat économique (APE) de l’Union européenne. Malheureusement, les auteurs du Plan Marshall du BMZ ont choisi de ne pas faire référence aux APE.

Claudia Lücking-Michel, alors membre du Parti chrétien-démocrate au Parlement fédéral allemand, expliquait que le Plan Marshall pour l’Afrique dessinait les grandes lignes de futures politiques dont il restait à coordonner les nombreux éléments, et ajoutait qu’il aurait définitivement un nouvel impact. Elle se disait d’accord sur le fait que les experts africains devaient eux-mêmes être consultés et ajoutait que les APE « n’étaient pas satisfaisants ». La réalisation du Plan Marshall et la garantie que les questions associées aux droits de l’homme seraient prises en compte exige qu’un BMZ fort empêche les ministres de l’Économie d’être les seuls à déterminer les mesures.

Inge Höger, alors membre du Parlement fédéral pour le parti Die Linke, alléguait que les APE n’avaient bénéficié qu’aux nations industrialisées avec lesquelles les pays africains ne se trouvent pas sur un pied d’égalité. Madame Höger soutenait que le principal objectif de l’UE était d’avoir accès aux ressources naturelles de l’Afrique et d’y commercialiser son excédent de produits agricoles. Elle demandait une politique de commerce équitable axée sur la durabilité et l’autonomie, et soulignait l’importance d’un commerce interafricain. 

Ulrich Keller, membre du Parlement pour le Parti social-démocrate, critique le rôle marginal des groupes de la société civile dans l’élaboration du Plan Marshall. Il soutient que la coopération au développement en collaboration avec l’Afrique devrait mettre l’accent sur les marchés intérieurs et sur l’industrie manufacturière. Relativement à la politique agricole de l’UE, il demande l’abandon du système consistant à récompenser la production, au profit de la prise en compte de questions telles que la lutte contre la pollution de l’eau. Et il critique l’asynchronisme des conditions tarifaires stipulées par les APE. 

Gertrud Falk, du secrétariat allemand de FIAN International, se plaint de ce que le Plan Marshall occulte toute référence aux droits de l’homme et oublie même de mentionner les lignes directrices des Nations unies dans ce domaine. Elle critique également l’importance que le Plan accorde à l’infrastructure et fait remarquer que cette dernière ne doit pas nécessairement profiter aux pauvres.

Assez souvent, les populations des zones rurales craignent la construction de nouvelles routes car elles annoncent l’arrivée d’investisseurs et le processus d’accaparement des terres qui s’ensuit et qui chasse les petits exploitants agricoles de chez eux. Seuls, quelques-uns d’entre eux sont ensuite engagés sur les plantations comme travailleurs occasionnels mal payés. À ce sujet, l’application de normes internationales contraignantes est nécessaire. Madame Falk soupçonne que l’objectif du Plan Marshall dans son ensemble est d’offrir aux investisseurs de nouvelles possibilités alors que les taux d’intérêt sont négatifs. FIAN International défend au niveau mondial le droit à une alimentation suffisante.

Mike Gardner, journaliste, Bonn/Allemagne