Épluchage du manioc avant sa transformation.
Photo: © IFPRI/Antony Chapoto (flickr.com)

L’adoption aveugle de la révolution verte n’est pas la solution pour l’Afrique

Selon les récentes conclusions d’une étude réalisée par des chercheurs de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), étude récompensée par l’attribution d’un prix, les pays africains ne peuvent aveuglément adopter les initiatives de politique alimentaire à l’origine de la révolution verte en Asie comme moyen de promouvoir le développement agricole.

L’étude Agricultural intensification in Ghana: Evaluating the optimist’s case for a Green Revolution (intensification agricole au Ghana : évaluation de l’optimisme face à une révolution verte), initialement publiée dans la revue Food Policy, donne à penser que l’Afrique ne peut s’en remettre aux techniques qui ont fait leur preuve dans le cadre de la révolution verte en Asie, mais doit au contraire élaborer de nouvelles technologies visant à améliorer la production agricole de cultures qui abondent dans la région et à réduire la nécessité de recourir au travail manuel.

Dans un récent communiqué de presse, l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) faisait remarquer que pendant la révolution verte des années 1960 et 1970, les pays d’Asie et d’Amérique latine ont connu une croissance considérable de la production de blé et d’autres produits de base grâce à l’utilisation de nouvelles variétés, aux engrais et à l’irrigation. Les pays africains ont cherché à reproduire leur réussite, mais l’adoption de politiques similaires n’a pas réussi à améliorer la production agricole.

« Partir du principe que l’Afrique constitue un cadre approprié pour une révolution verte à l’asiatique est trompeur et pourrait se solder, une fois encore, par une incapacité à assurer une croissance agricole durable, » a déclaré Alejandro Nin-Pratt, chargé de recherche à l’IFPRI et auteur principal de l’étude.

Dans cette étude, les chercheurs ont examiné le cas du Ghana pour déterminer si la forte croissance démographique et les remarquables résultats agricoles que connaît le pays ces dernières années ont créé des conditions favorables à l’adoption des technologies de la révolution verte asiatique. Ils ont notamment cherché à savoir si, au Ghana, l’utilisation d’engrais était associée à une forte densité de population et à une production intensive de céréales et si les innovations faisant appel à de vastes superficies étaient liées à des pratiques de production plus efficaces. L’étude montre que globalement, au Ghana, on ne constate aucune intensification agricole assimilable à la révolution verte asiatique et qu’en fait il n’existe aucune corrélation entre densité de population et intensité d’utilisation d’intrants. Selon Nin-Pratt, l’étude montre que le coût de la main-d’œuvre continue de jouer un rôle majeur dans le développement agricole du Ghana en limitant l’adoption de technologies à forte intensité de main-d’œuvre, même dans les zones où la densité de population est relativement élevée.

Pour le chercheur de l’IFPRI, « la croissance démographique et l’augmentation de la densité de population constatées dans toute l’Afrique pourraient ne pas entraîner une réduction du coût du travail. Pour l’agriculture, cela veut dire que les exploitants pourraient ne pas tenir plus que ça à adopter le type de technologie à forte intensité de main-d’œuvre associée à la révolution verte en Asie. »

Le 19 février, Nin-Pratt a reçu le prix Atlas d’Elsevier pour ses travaux expliquant pourquoi les pays africains peuvent ne pas être mûrs pour la révolution verte. Le prix Atlas récompense les chercheurs qui contribuent de manière significative aux progrès de l’humanité grâce à la science. Les résultats de l’étude seront publiés dans la revue virtuelle « Atlas » d’Elsevier.


Pour en savoir plus:Elsevier