Les ruminants, comme les chèvres au Kenya, sont responsables de la plus grande partie des émissions de méthane dans l’agriculture.<br/>Photo: © Klaus Butterbach-Bahl/KIT

Les ruminants, comme les chèvres au Kenya, sont responsables de la plus grande partie des émissions de méthane dans l’agriculture.
Photo: © Klaus Butterbach-Bahl/KIT

La production animale a un considérable potentiel d’atténuation du changement climatique

Selon une nouvelle étude internationale, la production animale offre de grandes possibilités d’atténuer les émissions de gaz à effet de serre tout en conservant les bénéfices économiques et sociaux générés par le secteur.

Le secteur mondial de l’élevage est une source de revenus pour 1,3 milliard de producteurs et de négociants de par le monde et est ainsi un contributeur important à l’économie mondiale. Une nouvelle étude, publiée dans la revue scientifique Nature Climate Change, estime que l’élevage pourrait représenter plus de la moitié du potentiel d’atténuation des gaz à effet de serre émis par l’agriculture, la foresterie  et les autres utilisations des terres qui, ensemble, forment la deuxième plus grande source d’émissions dans le monde après le secteur de l’énergie.

Les chercheurs estiment que l’agriculture, la foresterie et les autres utilisations des terres sont responsables d’environ un quart de l’ensemble des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Selon la nouvelle étude, la production animale produit entre 5,6 et 7,5 gigatonnes d’équivalent CO2 par an, soit approximativement 14 pour cent de l’ensemble des émissions anthropogènes.

L’équipe internationale de chercheurs souligne que cette nouvelle estimation du potentiel d’atténuation du secteur mondial de l’élevage constitue l’analyse la plus complète à ce jour, dans la mesure où elle tient compte à la fois du côté de l’offre et de la demande du secteur. Elle montre que pour être le plus efficace possible, le potentiel d’atténuation de l’élevage doit faire partie d’un vaste effort englobant les secteurs de l’agriculture, de la foresterie et de l’affectation des terres. En outre, l’étude constate que des niveaux de consommation durables et sains de produits animaux dans les régimes alimentaires humains représentent une part essentielle de ce potentiel d’atténuation.

« L’élevage joue un rôle dans un régime nutritionnel sain et durable, et le secteur a un rôle économique et social important, en particulier dans les pays en développement », dit Mario Herrero, un chercheur de l’Organisation fédérale de recherche scientifique et industrielle (Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, CSIRO), Australie, qui a dirigé l’étude en collaboration avec l’Institut international pour l’analyse des systèmes (IIASA, International Institute for Applied Systems Analysis) ainsi qu’avec d’autres instituts de recherche. « Nous devons déterminer quels sont les niveaux de consommation optimaux pour parvenir à de bons résultats en termes de santé et pour maintenir les bénéfices économiques et sociaux, et capitaliser en même temps sur le potentiel d’atténuation qu’offre le secteur de l’élevage ».

Menée dans une optique de durabilité, l’intensification de la production animale constitue l’un des moyens de maintenir les niveaux de production tout en capitalisant sur le potentiel d’atténuation du secteur agricole. L’analyse qui a donné un aperçu complet des travaux de recherche menés à ce jour montre que les politiques ciblant le secteur de l’élevage permettraient potentiellement de réduire les émissions de gaz à effet de serre à raison d’environ 1,8 gigatonnes équivalent CO2 par année, moyennant un prix du carbone de l’ordre de 100 USD par tonne de CO2. Cependant, pour aller plus loin, il faut, selon les chercheurs, modifier les habitudes de consommation et mettre davantage l’accent sur les émissions liées aux changements d’affectation des terres.

« Des contraintes environnementales régionales pourraient empêcher de surmonter le manque d’efficience dans l’atténuation des gaz à effet de serre, et la solution à privilégier dans une perspective mondiale serait de relocaliser une partie de la production dans des systèmes hautement efficients tels qu’on les trouve en Europe, par exemple », explique Petr Havlík, chercheur à l’IIASA et co-auteur de l’étude. « La grande variabilité régionale des intensités de gaz à effet de serre peut conduire à un accroissement mondial des émissions si des politiques restrictives sont mises en œuvre dans des régions plus efficientes que d’autres ».

« L’accord de Paris passé l’année dernière a impulsé un fort élan mondial pour lutter contre les émissions à l’échelle planétaire. Cette étude montre que l’élevage pourrait s’inscrire en bonne place sur l’Agenda de l’atténuation du changement climatique » ajoute le chercheur de l’IIASA, Hugo Valin, qui a également travaillé sur cette étude.

La recherche a été publiée en avril dans la revue scientifique Nature Climate Change et a été effectuée en partenariat avec la CSIRO, l’IIASA, le programme de recherche du CGIAR sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire, l’université de l’État du Colorado, l’université d’Aberdeen, l’université de technologie de Chalmers, l’université de Pennsylvanie, la FAO, l’université de Wageningen, l’institut de technologie de Karlsruhe, l’institut international de recherche sur l’élevage, l’université d’Oxford, la PBL Netherlands Environmental Assessment Agency, un institut spécialisé dans l’analyse des politiques environnementales.

Référence :
Herrero M, Henderson B, Havlík P, Thornton PK, Conant RT, Smith P, Wirsenius S, Hristov AN, Gerber P, Gill M, Butterbach-Bahl K, Valin H, Garnett T, and Stehfest E (2016) Greenhouse gas mitigation potentials in the livestock sector. Nature Climate Change. DOI: 10.1038/NCLIMATE2925

(SciDev/wi)