Déforestation de la forêt tropicale humide de l’Amazonie

La plupart des pays sortent perdants de la conversion de la forêt en terres agricoles

Selon une nouvelle étude, dans la plupart des régions, la conversion agricole des forêts n’est économiquement pas viable, sauf dans la forêt atlantique du Brésil, dans les régions forestières situées autour du Golfe de Guinée et en Thaïlande.

Une équipe de chercheurs de l’Université nationale de Singapour (NUS) a récemment achevé une étude mondiale mettant en balance les bénéfices des forêts tropicales et ceux résultant de leur conversion agricole. L’équipe a examiné les activités de déforestation de plus de 50 pays tropicaux entre 2000 et 2012 et a identifié les régions dans lesquelles la déforestation apportait le plus et le moins d’avantages.

L’équipe NUS, dirigée par le professeur-assistant Roman Carrasco du département des sciences biologiques à la Faculté des sciences de la NUS, a identifié la Forêt atlantique au Brésil, les régions situées autour du Golfe de Guinée et la Thaïlande comme étant les régions où les bénéfices tirés de la conversion agricole étaient plus élevés que les coûts environnementaux. Cela donne à penser qu’il serait difficile, dans ces régions, de mettre en œuvre et d’inciter les agriculteurs à adopter des stratégies de conservation de la biodiversité sur la base de paiements compensatoires.

Par contre, l’Amérique latine, les îles du Sud-Est asiatique et Madagascar sont considérés comme des cibles de conservation économiquement viables car la déforestation dans ces régions dégage de faibles bénéfices agricoles et entraîne des coûts environnementaux élevés.
L’équipe de recherche espère que l’étude pourra également contribuer à accroître l’efficacité et la durabilité des politiques d’utilisation des terres dans ces régions. Ses conclusions ont été publiées dans la revue scientifique PLOS Biology, en juillet 2017.

Comprendre l’arbitrage entre forêts et agriculture

La demande mondiale de produits agricoles et forestiers s’est souvent soldée par la destruction des forêts tropicales pour ouvrir des terres à la culture. Cependant cette déforestation a souvent lieu dans l’ignorance de la répartition spatiale des bénéfices et des coûts de la déforestation, c’est-à-dire sans savoir là où la déforestation est à l’origine des plus grandes pertes pour l’environnement et là où elle permet de réaliser les plus grands bénéfices en termes de revenus agricoles. En outre, il existe peu d’informations sur la façon dont les avantages économiques et les coûts de la déforestation varient à l’échelle mondiale, les études existantes restant confinées dans une large mesure au niveau local et national.

Pour démontrer l’importance de l’étude, Carrasco a expliqué ceci : « Il est important de savoir quelles sont les surfaces forestières qui, lorsqu’elles sont converties en terres agricoles, offrent les plus grands bénéfices agricoles moyennant des coûts environnementaux moindres, car cela nous permet de concilier de façon plus efficace la demande mondiale de produits agricoles sans dégrader inutilement les forêts tropicales et la biodiversité. Le fait de mieux comprendre la répartition des bénéfices et des coûts aidera également à mieux sélectionner les zones sur lesquelles concentrer les efforts de conservation. »

L’équipe a analysé des données sur la déforestation et la répartition des cultures et a mis en balance les bénéfices agricoles, les émissions de dioxyde de carbone et les pertes de multiples services écosystémiques. Les services écosystémiques désignent les avantages que les êtres humains retirent des écosystèmes, tels que les forêts, à savoir par exemple la séquestration de carbone, la protection contre les crues et la purification de l’eau.

Les conclusions de ces recherches montrent que les gains tirés de l’agriculture s’élèvent entre 32 et 53 milliards USD par an alors que, pendant cette même période, les dommages environnementaux causés par la déforestation de chiffrent en pertes annuelles de 107 à 135 milliards USD par an.  Même si l’étude a fait ressortir qu’il existait de grandes différences entre les coûts et les avantages à l’échelle mondiale, l’équipe a conclu que, dans l’ensemble, la déforestation des forêts tropicales engendrait des pertes économiques considérables.

« Après avoir créé cette carte mondiale mettant en balance l’agriculture et les avantages que procurent les forêts tropicales, nous allons à présent intégrer ces cartes à des modèles de marché afin de comprendre comment les changements d’utilisation des terres pourraient induire des changements au niveau des prix, pourraient affecter les consommateurs et avoir d’autres impacts indirects sur la déforestation »,  a ajouté Carrasco.

(NUS/SciDev/wi)

Pour en savoir plus :

Article intégral : Global economic trade-offs between wild nature and tropical agriculture

Université nationale de Singapour