Les pays exposés à des conflits violents de longue durée ou répétés peuvent connaître des niveaux bien plus élevés de sous-alimentation.
Photo: © Brockmann/Welthungerhilfe

La paix, une nécessité pour lutter contre la faim

À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation (16 octobre 2015), Mme Ertharin Cousin, directrice générale du Programme alimentaire mondial des Nations unies, a demandé à la communauté mondiale de prendre des mesures pour que le monde atteigne l’objectif « faim zéro ». Toutefois, la réalisation de cet objectif ne sera pas possible sans un monde en paix, comme le montre une fois de plus l’Indice de la faim dans le monde de cette année.

On estime que 172 millions de personnes sont menacées par des conflits dans le monde entier. Traditionnellement présenté avant la Journée mondiale de l’alimentation par l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Institute – IFPRI), dont le siège est à Washington DC, États-Unis, et par les organisations Welthungerhilfe et Concern Worldwide, le nouvel Indice de la faim dans le monde (IFM) met en évidence le lien étroit qui existe entre les conflits et la faim. Comme l’indique le rapport, les famines d’aujourd’hui sont des urgences humanitaires complexes ayant essentiellement pour causes les conflits armés.
Cela apparaît tout particulièrement dans les guerres actuelles auxquelles participent des milices ethniques, des groupes paramilitaires, des mercenaires et des forces internationales, parallèlement aux armées nationales et aux forces rebelles. Les pays victimes de conflits violents, de longue durée ou répétés, peuvent connaître une augmentation considérable des niveaux de sous-alimentation, une plus forte réduction de l’accès à l’éducation et une mortalité infantile bien plus élevée que dans des pays stables ayant pourtant une situation économique comparable. Les organisations d’aide humanitaire ont difficilement accès aux victimes et toute solution à long terme est problématique.

Dans son allocution lors de la cérémonie de présentation de l’IFM à Berlin, Allemagne, Mme Bärbel Dieckmann, présidente de Welthungerhilfe, a déclaré que « les conflits tels que ceux que connaissent la Syrie, l’Irak ou le Soudan du Sud, sont les plus importants vecteurs de la faim. Dans le monde entier, plus de 80 pour cent des réfugiés restent dans leurs pays d’origine ou vivent dans des pays voisins. Ce sont ceux qui souffrent le plus de la violence et de la situation désespérée qui est la leur. Le public mondial ignore qu’ils doivent chaque jour lutter pour avoir accès à de la nourriture, de l’eau et des soins de santé. Ce n’est que lorsque les causes des conflits armés tels que ceux que connaît la Syrie seront éliminées que nous serons en mesure de vaincre la faim dans le long terme. »

Les niveaux de famine sont alarmants ou graves dans 52 pays, les plus affectés étant ceux de l’Afrique sub-saharienne et de l’Asie du Sud. La plupart des huit pays dont l’IFM est alarmant se trouvent en Afrique sub-saharienne. Les pays dont l’IFM 2015 est le plus élevé, et par conséquent ceux dont les niveaux de famine sont les plus critiques, sont la République centrafricaine, le Tchad et la Zambie.

Heureusement, l’Indice de la faim dans le monde 2015 traduit également des situations positives. Depuis 2000, les pays en développement ont considérablement progressé dans leur lutte contre la faim. Globalement, les valeurs de l’indice dans ces pays ont diminué de 27 pour cent. Dix-sept pays, parmi lesquels l’Azerbaïdjan, la Bosnie-Herzégovine, le Brésil, la Croatie, la République kirghize, la Lettonie, la Mongolie, le Pérou, l’Ukraine et le Venezuela, ont réussi à réduire la valeur de cet indice d’au moins 50 pour cent. Des pays tels que l’Angola, l’Éthiopie et le Rwanda, qui ont connu de sanglantes guerres civiles il y a tout juste 20 ans, sont également des exemples montrant comment des efforts considérables peuvent changer la situation alimentaire.

« Aujourd’hui, nous sommes plus persuadés que jamais que nous pouvons vaincre la faim, à condition de ne pas nous endormir sur nos lauriers, » a déclaré M. Klaus von Grebmer, de l’IFPRI. « Nous avons besoin d’idées innovantes pour permettre à chacun d’avoir, de manière durable, un régime alimentaire suffisant et équilibré. » Dans son discours à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation à Milan, Italie, Mme Ertharin Cousin, directrice générale du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies, a appelé la communauté mondiale à prendre des mesures et contribuer à faire en sorte que le monde réalise l’objectif « faim zéro ». Elle a insisté sur le fait que, selon le rapport 2015 des Nations unies sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde, 795 millions de personnes souffrent aujourd’hui de la faim, soit une réduction de 167 millions par rapport à il y a dix ans. Pour accélérer les progrès, sauver un nombre incalculable de vies humaines et préparer un avenir meilleur d’ici à 2030, il faudrait investir 265 milliards de dollars US, soit environ 0,3 pour cent du produit intérieur brut mondial. Mme Cousin a déclaré qu’en « investissant pour mettre un terme à la faim dans le monde, on constaterait une amélioration sensible de la prospérité mondiale. »

L’Indice de la faim dans le monde a été publié pour la dixième fois ; il traduit la situation de la faim dans 117 pays en 2015. Cette année, les indicateurs servant à mesurer la faim ont été améliorés. Au lieu d’évaluer la proportion d’enfants souffrant d’insuffisance pondérale, c’est la proportion de ceux qui souffrent d’une insuffisance de croissance et sont émaciés qui est prise en compte. Le premier indicateur est un signe de sous-alimentation chronique, alors que le deuxième est révélateur d’une sous-alimentation aigüe. La proportion de personnes souffrant de malnutrition et la mortalité infantile sont d’autres facteurs également pris en compte. 


(Welthungerhilfe/IPFRI/WFP/sri)

Pour plus d’informations et télécharger le document intitulé « Indice de la faim dans le monde 2015 – Conflits armés et défi de la faim »