En Mongolie, il est possible d’assurer le bétail (par ex. contre les grands froids) grâce à une assurance bétail indexée.
Photo: © Karl Schuler 2010

La micro-assurance – un espoir pour les petits exploitants agricoles

Dans de nombreux pays, les petits exploitants agricoles ne sont pas assurés contre les pertes de récoltes alimentaires. En Suisse, la Direction du Développement et de la Coopération (DCC) propose des solutions d’assurance visant à réduire l’exposition aux catastrophes naturelles, notamment chez les agriculteurs pauvres.

Le monde compte environ 500 millions de petits exploitants agricoles qui assurent plus de la moitié des besoins alimentaires de la planète et permettent à plus de deux milliards de personnes de subsister. Malheureusement, c’est aussi chez les petits exploitants agricoles que sont concentrées la pauvreté rurale, la sous-alimentation et la malnutrition. Une forte proportion d’entre eux ne sont pas assurés contre les pertes de récoltes alimentaires dues à la sécheresse, aux inondations et à la dégradation des végétaux par les nuisibles, ou contre les pertes de bétail dues aux conditions météorologiques extrêmes, à la sécheresse ou aux maladies. Il est probable que les solutions d’assurance, en tant qu’instruments de réduction des risques de catastrophes, prendront de l’importance face à l’accélération des risques dus au changement climatique.

La Direction suisse du Développement et de la Coopération (CDD) axe son soutien sur ces petits exploitants agricoles. Un moyen de réduire les risques auxquels ils sont exposés consiste à prendre une micro-assurance destinée à compenser les pertes éventuelles au niveau des récoltes et de l’élevage. D’une manière générale, ces systèmes d’assurance doivent répondre à trois critères : ils doivent être efficaces, facilement disponibles et payables et, pour finir, durables. Actuellement, environ trois pour cent seulement des petits exploitants agricoles sont couverts par une assurance récolte ou une assurance bétail.

Les régimes de micro-assurance doivent être simples et innovants

Pour les petits agriculteurs pauvres, le concept fondamental d’assurance n’est pas attrayant. Il y a une raison à cela : ils pensent que les assurances ne présentent un intérêt (paiement) qu’en cas de sinistre important, auquel cas ce dernier doit être analysé et évalué par des experts qui risquent de ne pas être totalement fiables et/ou d’être corrompus. Par conséquent, pour de bonnes raisons, les petits exploitants agricoles ont tendance à être réfractaires à l’idée de se protéger contre les risques et à voir les assurances d’un mauvais œil. De plus, dans plusieurs contextes asiatiques et africains, de nombreux petits agriculteurs ne veulent pas admettre qu’un sinistre puisse survenir.

Comment surmonter ces problèmes ?

De toute évidence, dans de nombreux contextes dans lesquels vivent les petits agriculteurs, les régimes d’assurance traditionnels basés sur des exploitations individuelles et des pertes effectives ne sont une solution ni pour les agriculteurs ni pour les compagnies d’assurance. Le manque de données historiques, la difficulté d’accéder aux agriculteurs et les faibles niveaux d’éducation sont autant de facteurs importants qui empêchent les compagnies d’assurance d’avoir une activité rentable.

Les régimes d’assurance indexés ont été adaptés avec succès au contexte des petits agriculteurs. Pour surmonter certaines craintes de ces derniers, l’accent a été mis sur des régimes collectifs et indexés (indicateurs objectifs mesurables tels que la pluviométrie, les pertes de bétail). Ainsi, ces régimes d’assurance ne paient des indemnisations que lorsque les indicateurs franchissent certains seuils, par ex. :

  • précipitations inférieures ou supérieures à un certain niveau et avec une tendance pluviométrique entraînant des périodes de sécheresse ou des inondations (assurances récolte en Amérique centrale) ;
  • proportion de pertes de bétail dues au grand froid (assurance bétail indexée en Mongolie).

Les régimes d’assurance indexés présentent un certain nombre d’avantages. Premièrement, ils sont moins chers à administrer car ils n’ont pas besoin d’experts d’assurance individuels et coûteux normalement obligés de se rendre chez chaque agriculteur. Deuxièmement, les données d’assurance sont produites par des stations météorologiques « neutres » ou, dans le cas de la mortalité du bétail, collectivement, par les municipalités. Troisièmement, les agriculteurs sont indemnisés plus rapidement et sur la base d’une évaluation plus objective, ce qui leur permet de rapidement reconstituer leurs troupeaux ou acheter des semences pour réensemencer. Ainsi, les régimes d’assurance indexés améliorent la résilience des petits exploitants agricoles.

Il est primordial de faire collectivement participer les petits exploitants agricoles à la formation et à l’évaluation des risques liés au changement climatique

L’adoption des régimes d’assurance indexés est complexe, surtout dans les sociétés n’ayant aucune tradition d’assurance. Il est important de lutter contre les risques, d’abaisser les seuils pour permettre aux agriculteurs d’investir dans une assurance et d’organiser des débats collectifs sur les risques et sur l’impact éventuel du changement climatique afin de créer un climat de confiance et d’aborder progressivement le thème de la réduction des risques grâce au recours à des produits d’assurance appropriés.

La Direction suisse du Développement et de la Coopération (DDC) met l’accent sur quatre approches contribuant à réduire les risques des petits agriculteurs :
 • recourir à la micro-assurance indexée contre les inondations, la sécheresse, les tremblements de terre et la mortalité du bétail (froid, maladies) ;
• développer la collecte de données par satellite – y compris de données météorologiques – pour permettre l’élaboration de nouveaux produits d’assurance ;
• élaborer des régimes d’assurances régionales visant à couvrir des risques sur de grandes étendues, par ex. la Mutuelle panafricaine de gestion des risques de catastrophes naturelles (African Risk Capacity). Un certain nombre de pays africains paient collectivement des primes pour des risques pouvant très bien ne se manifester que dans l’un d’entre eux ;
• encourager la coopération avec des compagnies d’assurance et de réassurance pour faire face au coût des gros sinistres et bénéficier d’une couverture offerte par des assureurs professionnels.

Felix Fellmann, Direction suisse du Développement et de la Coopération (DDC), Berne, Suisse