Les efforts actuels de réduction des émissions de CO2 ne suffisent pas pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris en matière de réchauffement climatique.
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La géo-ingénierie climatique ne peut pas sauver l’Accord de Paris

Les efforts actuels de réduction des émissions de CO2 ne suffisent pas pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris en matière de réchauffement climatique. Les perspectives offertes par les technologies de géo-ingénierie climatique, par élimination du dioxyde de carbone atmosphérique ou au moyen d’interventions de plus grande portée visant à modifier le bilan de l’énergie radiative de la Terre, sont perçues avec scepticisme par des chercheurs en Allemagne.

Pour atteindre l’objectif de 2°Celsius, il faudrait réduire d’environ 50 pour cent par décennie les émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre. Toutefois, les réductions des émissions promises à ce jour par les pays dans le cadre de l’Accord de Paris sont loin du compte. De fait, on s’attend actuellement à ce que les émissions de CO2 restent plus ou moins constantes, voire augmentent, jusqu’en 2030. 

Cet écart a alimenté les discussions sur les risques et les avantages potentiels d’interventions ciblées dans le système climatique : les technologies de géo-ingénierie climatique visent à éliminer activement le CO2 de l’atmosphère, à réfléchir la lumière solaire pour l’éloigner de la Terre, ou à modifier les cirrus de manière à permettre une augmentation du rayonnement infrarouge terrestre s’échappant dans l’espace.

Dans un article publié dans Nature Communications, une équipe de chercheurs dirigée par Mark Lawrence, directeur scientifique à l’institut des études avancées sur la durabilité (Institute for Advanced Sustainability Studies – IASS), de Potsdam/Allemagne, soutient qu’on ne peut pas compter sur les technologies de géo-ingénierie proposées pour sauver l’Accord de Paris et l’objectif de 2°Celsius.

Selon les auteurs, il faudrait effectuer des recherches plus approfondies pour évaluer avec plus de précision chacune des techniques proposées quant à leur potentiel de refroidissement, à leurs coûts et aux risques qu’elles présentent pour les systèmes terrestres et la société. Bon nombre de ces technologies exigeraient également des investissements massifs dans l’infrastructure et des moyens considérables, ainsi que l’élaboration de cadres internationaux complexes de gouvernance.

Mark Lawrence, l’auteur principal, explique « qu’aucune des techniques de géo-ingénierie climatique proposées ne peut être véritablement déployée à l’échelle mondiale dans les décennies à venir. Autrement dit, on ne peut pas espérer que ces technologies contribuent de manière significative à atteindre l’objectif de 2°Celsius  – et encore moins celui de 1,5°Celsius, ». À supposer que les techniques de géo-ingénierie climatique donnent un jour les résultats envisagés, il ne serait sans doute pas possible de les mettre en œuvre avant la deuxième moitié du vingt-et-unième siècle. Le renforcement considérable des mesures de réduction des émissions de CO2 et d’autres facteurs climatiques reste le seul moyen fiable d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

Des discussions critiques mettent en garde contre de faux espoirs

Dans cet article, les auteurs ne se contentent pas de passer en revue les capacités techniques des diverses propositions ; ils offrent également un point de vue critique sur l’actuelle situation politique et sur le discours public sur les techniques de géo-ingénierie climatique. Stefan Schäfer (IASS), co-auteur, souligne que « les techniques de géo-ingénierie climatique entrent déjà dans l’imagination collective, notamment par le biais des médias et des débats sur la politique climatique. « Si on aborde ces questions d’un œil non critique, il y a un risque qu’on vienne à considérer ces techniques comme une alternative à la réduction des émissions. » Un discours ouvert et animé – sous-tendu par des preuves scientifiques incontestables, par exemple l’étude menée dans le cadre du programme prioritaire de la Fondation allemande pour la recherche sur l’ingénierie climatique – est nécessaire à une évaluation réaliste de ces technologies. Des manifestations telles que les conférences internationales sur l’ingénierie climatique organisées par l’IASS en 2014 et 2017 constituent des points d’entrée permettant à divers groupes sociétaux de participer à ce débat. 

(IASS/wi)
 
Référence:

Mark G. Lawrence, Stefan Schäfer, Helene Muri, Vivian Scott, Andreas Oschlies, Naomi E. Vaughan, Olivier Boucher, Hauke Schmidt, Jim Haywood & Jürgen Scheffran: Evaluating climate geoengineering proposals in the context of the Paris Agreement temperature goals, Nature Communications, volume 9, Numéro de l’article : 3734 (2018): https://www.nature.com/articles/s41467-018-05938-3

En savoir plus :
 
Lien avec le programme prioritaire de la Fondation allemande pour la recherche sur l’ingénierie climatique : https://www.spp-climate-engineering.de/aktuelles.html

Lien avec les conférences sur l’ingénierie climatique : ce-conference.org