Des sacs de riz déchargés dans un entrepôt à Dili, Timor oriental.
Photo: © David Stanley (flickr)

La dépendance à l’égard des importations alimentaires menace la sécurité alimentaire

Des chercheurs ont estimé ce qui arriverait si de grands exportateurs réduisaient ou cessaient leurs exportations, par exemple après une vague de chaleur ou après une sécheresse. Leurs conclusions sont alarmantes : les importations de riz et de blé, en particulier, sont essentielles pour garantir la sécurité alimentaire dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique centrale et des Caraïbes.

Selon les résultats d’une étude effectuée par l’Institut de recherche Mercator sur le changement climatique et les ressources mondiales (MCC) qui ont été publiés en mars 2016, le possible effondrement des importations alimentaires dans le monde menacerait la sécurité alimentaire de 200 millions de personnes.

Les pays d’Afrique du Nord et d’Amérique centrale sont les plus tributaires des importations même si les pauvres y sont moins durement touchés qu’ailleurs. Au contraire, dans les pays d’Afrique subsaharienne, la dépendance à l’égard des importations alimentaires est plus faible, mais les pauvres en souffrent davantage. 

De nombreux pays en développement ne produisent pas suffisamment de denrées vivrières de base, que ce soit du blé, du riz ou du maïs,  pour nourrir leurs populations et sont tributaires de leurs importations en provenance d’un petit nombre de pays exportateurs.  Les chercheurs du MCC ont estimé ce qui arriverait si de grands exportateurs  en venaient à réduire ou à cesser leurs exportations suite à des événements tels qu’une vague de chaleur ou une sécheresse. Ils ont conclu que les pays dépendant des importations et ayant un taux de pauvreté important seraient les plus durement touchés, ce qui est le cas en particulier de certains pays d’Afrique occidentale qui sont tributaires des importations de riz. 

Les risques environnementaux dans une région provoquent des famines dans une région différente du monde

Si la Thaïlande, qui est le plus grand exportateur de riz au monde, suspendait ses exportations, 136 millions de personnes, considérées comme étant pauvres selon la définition de la Banque mondiale, seraient en danger, de la Mauritanie au Nigéria.  Une baisse de seulement 5 % du volume de riz arrivant sur le marché d‘un pays en développement suffirait à faire grimper les prix de 17 %, ce qui représente une hausse considérable pour des personnes survivant avec moins de deux dollars par jour.

Une interruption des exportations de maïs au départ des États-Unis, leader du marché de ce produit de base, aurait des conséquences d’une portée considérable et menacerait de famine 21 millions de personnes, pour la plupart en Amérique centrale et dans les Caraïbes. De nombreux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient seraient quant à eux particulièrement vulnérables face à une augmentation des prix des céréales importées.

Ces scénarios représentent une possibilité bien réelle selon les chercheurs.  En effet, en temps de crise, les grands pays exportateurs, comme la Russie, la Thaïlande et le Viêtnam, favorisent des politiques d’exportation restrictives, afin de dynamiser leurs marchés internes. En outre, les événements météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et font sentir leurs effets sur les récoltes et les recettes.

Une réduction de seulement 10 pour cent du volume des exportations de riz, de maïs et de blé dans le monde entraînerait des hausses de prix qui affecteraient 55 millions de personnes dans 58 pays. Les risques environnementaux dans une région du globe augmentent le risque de pauvreté dans une autre région du monde.  Par exemple : si une inondation des rizières du delta du Mékong, au Viêtnam, détruisait la production de riz de la région, les habitants des bidonvilles de Lagos et du Nigéria ne pourraient plus se permettre d’acheter leur aliment de base.

(MCC/ile)

Étude : Christopher Bren d'Amour, Leonie Wenz, Matthias Kalkuhl, Jan Christoph Steckel et Felix Creutzig (2016) : Teleconnected food supply shocks. Environmental Research Letters, Volume 11, février 2016.

Télécharger l'ètude