Entre 1,6 et 4 milliards de personnes souffrent de pénuries d’eau.

Entre 1,6 et 4 milliards de personnes souffrent de pénuries d’eau.
Photo: Olive Bexten/ Rural21

La Banque mondiale prévient que la pénurie d’eau constitue une menace

Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale, la raréfaction de l'eau exacerbée par le changement climatique pourrait gravement nuire aux économies nationales, provoquer des migrations et déclencher des conflits dans certaines régions.

Le rapport intitulé High and Dry : Climate Change, Water and the Economy, publié début mai par la Banque mondiale, indique que les effets combinés de la croissance démographique, de l’augmentation des revenus et de l'expansion des villes entraîneront une hausse exponentielle de la demande d'eau, alors que l'offre de la ressource deviendra plus irrégulière et incertaine.

D’après des estimations prudentes, le nombre de personnes souffrant de la rareté de l’eau s’élèverait à 1,6 milliard, mais différentes définitions de la notion de rareté permettent de penser que ce chiffre  pourrait atteindre les 4 milliards. La Banque mondiale s’attend à une augmentation de la demande mondiale d’eau de 100 pour cent au cours des 20 prochaines années. 

Le rapport tire la sonnette d'alarme, indiquant que faute de mesures immédiates, l'eau deviendra même une ressource rare dans des régions où elle est abondante aujourd'hui - l'Afrique centrale et l’Afrique orientale, par exemple  – et cette situation s'aggravera dans les régions connaissant déjà des pénuries d'eau, le Moyen Orient et le Sahel en Afrique, par exemple. Ces régions pourraient voir leur croissance reculer dans des proportions allant jusqu'à 6 pour cent du PIB d'ici 2050, cela en raison de l'impact du manque d'eau sur l'agriculture, la santé et les revenus. La baisse de la disponibilité d’eau douce, combinée à l’utilisation de l’eau à d'autres fins telles que la production d'énergie et l'agriculture, pourrait contribuer à réduire les volumes d'eau disponibles dans les villes, ce dans des proportions pouvant atteindre les deux tiers en 2050, comparé aux niveaux de 2015. Dans les régions côtières, les taux de salinité plus élevés sont préoccupants et la hausse du niveau des mers entraîne une contamination des aquifères.

Selon le rapport, la seule demande d’eau du secteur alimentaire augmentera de 40 à 50 pour cent, la demande d’eau des villes et du secteur industriel connaissant une hausse de 50 à 70 pour cent dans la même période. Le secteur de l’énergie consommera probablement 85 pour cent d’eau de plus. Ces différents facteurs auront un impact supplémentaire sévère sur l'environnement. 

En outre, le rapport note que les changements intervenant au niveau des disponibilités et de la variabilité de l’eau peuvent provoquer des migrations et attiser les conflits sociaux. « Les flambées des prix alimentaires dues aux sécheresses et aux inondations ont été à l’origine de vagues de migration et d’une hausse des statistiques de violence dans les pays », explique l’auteur du rapport, Richard Damania, économiste principal à la Banque mondiale. « Dans un monde globalisé et connecté, il est impossible de mettre de tels problèmes en quarantaine. Et là où il existe de grandes inégalités, les gens quittent les zones de pauvreté et migrent vers les régions de prospérité, ce qui peut générer des tensions sociales accrues. »

Cependant, le rapport souligne également que l'amélioration de la prise de décisions sur l'action à mener pourrait aider à neutraliser les effets néfastes du changement climatique et que certaines régions auraient même des chances d'améliorer leurs taux de croissance dans des proportions allant jusqu’à 6 pour cent, grâce à une meilleure exploitation des ressources en eau.  « L’espoir est permis », déclare Damania. « Si les pouvoirs publics répondent à la pénurie d'eau en renforçant l'efficacité et en allouant, à supposer, 25 pour cent de la ressource à des usages de grande valeur, les pertes diminueront fortement et, pour certaines régions, elles pourraient même disparaître. Renforcer la protection de l'eau est synonyme de dividendes économiques élevés. »

Damania dit de l’eau qu’elle est « la monnaie commune qui relie quasiment chacun des objectifs de développement durable ».  Il affirme que « l’eau sera un facteur critique décisif » dans le processus des ODD et il prévient que ni la hausse de l’emploi et la croissance positive du secteur industriel ni la sécurité alimentaire et la santé ne pourront être assurées sans une gestion adéquate des ressources en eau.

Les politiques et investissements destinés à promouvoir des économies jouissant d’un approvisionnement plus sécurisé et plus résilientes au changement climatique doivent intégrer des aspects tels qu’une meilleure planification de l'allocation des ressources en eau, l'adoption d'incitations pour accroître le rendement hydrique et l'investissement dans les infrastructures. Des politiques plus ambitieuses sont nécessaires dans les régions extrêmement arides du monde pour éviter une utilisation inefficace de l'eau. Des politiques et des réformes plus robustes sont également nécessaires pour faire face aux stress grandissants de source climatique. 

« Les pénuries d'eau constituent une redoutable menace contre la croissance économique et la stabilité dans le monde, un problème que le changement climatique vient d’aggraver », affirme le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim. « Notre analyse montre que si les pays ne prennent pas de mesures pour mieux gérer les ressources en eau, certaines régions fortement peuplées pourraient connaître de longues périodes de croissance économique négative. Les pays peuvent toutefois adopter dès à présent des politiques qui les aideront à exploiter les ressources en eau de manière durable au cours des prochaines années. »

Mike Gardner, journaliste, Bonn/Allemagne