Pour les bovins, les caprins et la volaille, il est nécessaire et urgent de trouver des solutions plus résilientes au changement climatique.
Photo: C. Schubert (CCAFS)

Impacts du changement climatique sur l’élevage – bilan des connaissances

Malgré les progrès scientifiques réalisés en matière d’impacts du changement climatique, on en sait encore relativement peu sur l’incidence que ce dernier peut avoir sur les animaux d’élevage. Un nouveau document de travail du GCRAI dresse un bilan de nos connaissances sur les impacts que le changement climatique peut avoir sur les systèmes d’élevage en Afrique.

Un nouveau document de travail du Programme de recherche sur le changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire (Climate Change, Agriculture and Food Security – CCFAS) du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (GCRAI) a été publié. Il examine les impacts du changement climatique sur les animaux d’élevage dans toute l’Afrique. Philip Thornton, auteur principal du nouveau document, est chercheur à l’Institut international de recherche sur l’élevage (International Livestock Research Institute – ILRI) et au CCAFS.

L’étude porte essentiellement sur l’élevage et les impacts du changement climatique en Afrique, mais bon nombre de ses conclusions, notamment en ce qui concerne les mesures d’adaptation, sont applicables à l’échelle mondiale. Selon les auteurs, l’évaluation 2014 du GIEC ne donne que des informations limitées sur les impacts que le changement climatique peut avoir sur les animaux et les systèmes d’élevage comparativement à ceux qu’il a sur les cultures, ce constat reflétant la relative modestie des travaux réalisés. Par conséquent, s’il est indéniable que des progrès ont été réalisés dans ce domaine, il est clair qu’une action scientifique collective plus poussée reste nécessaire.

Selon cette étude, l’élevage occupe déjà 600 millions d’exploitants agricoles dans le monde entier et le secteur de l’élevage continue de se développer parallèlement à l’accroissement de la demande de viande. Il est donc nécessaire et urgent de disposer d’informations plus fiables et plus détaillées permettant de mieux comprendre les compromis à faire entre diverses solutions d’adaptation de l’élevage et aidant les éleveurs et les responsables des orientations politiques à prendre des décisions en connaissance de cause en matière d’adaptation au changement climatique et de renforcement de la résilience à ce changement. 

Dans cette étude, M. Thornton dresse un bilan des connaissances en matière d’élevage et de changement climatique et déclare que les effets négatifs de l’élévation des températures sur l’alimentation, la reproduction et les rendements de diverses espèces animales sont plutôt bien connus. Par exemple, c’est lorsque les températures oscillent entre 10 et 30°C que la plupart des espèces animales telles que les bovins, les ovins, les caprins, les porcins et la volaille ont leur meilleur rendement.  Par contre, pour chaque degré Celsius au-delà de 30°C, toutes les espèces réduisent leur ration alimentaire de 3 à 5 pour cent. Selon l’auteur de l’étude, cela a forcément des conséquences qualitatives et quantitatives considérables sur les différentes espèces.  

L’augmentation des températures aura également des impacts négatifs généralisés sur la qualité du fourrage et, par conséquent, sur la productivité animale. Les résultats de nouvelles simulations des impacts du changement climatique sur les pâturages africains, simulations effectuées à l’aide de l’outil G-range (G-range tool), montrent clairement qu’il se produira des changements considérables des ressources alimentaires du bétail et que ces changements seront néfastes.

Selon l’étude, de nombreuses régions africaines connaîtront également des réductions de la quantité et de la qualité des résidus agricoles et ces réductions exerceront une pression supplémentaire sur les agriculteurs et sur les ressources alimentaires des animaux.

De nombreuses solutions peuvent aider les éleveurs à s’adapter au changement climatique. Le document de travail propose certains compromis que les éleveurs peuvent adopter entre diverses solutions d’adaptation au changement climatique. Ces solutions incluent  des changements de races et d’espèces d’animaux, une amélioration de leur alimentation, une meilleure gestion des pâturages et du fumier, l’utilisation d’informations météorologiques et le recours aux assurances fondées sur des indices climatiques.

L’auteur fait remarquer que de nombreux changements en matière d’adaptation de l’élevage entraîneront également une transformation des modes de vie des éleveurs. Dans les zones arides, l’élevage de chameaux et de chèvres en plus (ou à la place) de bovins pour s’adapter aux changements de fréquence des périodes de sécheresse et à une moindre disponibilité des ressources alimentaires pour les animaux, est un exemple récent de telles transitions.

Il existe un certain nombre de solutions d’adaptation ayant fait la preuve de leur efficacité mais il ne semble pas qu’il en existe qui soient applicables à grande échelle et qui n’imposent ni contraintes ni compromis. Par ailleurs, on dispose de peu d’informations permettant d’évaluer la durabilité à long terme de ces transformations ainsi que leurs impacts potentiels sur la sécurité alimentaire et les modes de vie. 

Selon le document de travail, contrairement aux systèmes de culture, on dispose actuellement de peu de preuves d’impacts récents sur les systèmes d’élevage. On a également bien moins de certitudes en ce qui concerne les impacts cumulés du changement climatique sur les systèmes d’élevage, avec et sans adaptation, et on a une connaissance limitée de ce que seront les conséquences d’une plus grande variabilité de la pluviométrie sur les espèces animales.

Une politique et un environnement techniques favorables pourraient aider les éleveurs à s’adapter au changement climatique et à améliorer leur niveau de vie et leur sécurité alimentaire.

Dans son étude, M. Thornton constate que des progrès ont été réalisés depuis 2009 mais que nous devons considérablement intensifier nos efforts pour nous assurer de disposer des connaissances et du soutien politique nécessaires pour mettre en place des systèmes d’élevage résilients. Il ajoute qu’une question clé porte sur la façon dont nous pouvons créer la volonté politique nécessaire pour accroître les ressources  consacrées à la recherche zootechnique en faveur du développement.

(CCAFS/C. Schubert/wi)

Télécharger le document de travail (en anglais): Thornton PK, Boone RB, Ramirez-Villegas J. 2015. Climate change impacts on livestock (PDF). Document de travail n°120 du CCAFS. 



En savoir plus :

Searching for the best climate adaptation options for mixed crop and livestock farmers