Quel type d’agriculture faut-il pratiquer pour qu’elle soit durable ? Culture du riz en Indonésie.
Photo: © Stefan Schwarze

Impacts de l’agriculture biologique sur le climat, l’environnement et la santé

Une étude de l’université de Göttingen, Allemagne, montre que seule une combinaison de méthodes de culture biologiques et conventionnelles peut garantir la durabilité de l’agriculture au niveau mondial.

Dans le cadre d’une étude sur l’influence de l’agriculture biologique sur l’environnement, le climat et la santé dans diverses parties du monde, des économistes agricoles de l’université allemande de Göttingen ont découvert que la production d’aliments biologiques nécessite trop de terres pour avoir une incidence bénéfique sur la biodiversité à l’échelle mondiale. Par ailleurs, elle n’est pas en mesure de garantir la sécurité alimentaire dans les pays pauvres. Les résultats de leurs travaux ont été publiés dans la revue spécialisée Annual Review of Resource Economics.

Comparativement à l’agriculture industrielle, l’agriculture biologique est généralement perçue comme plus respectueuse des êtres humains, des animaux, de l’environnement et du climat. De nombreuses études attestent que l’agriculture biologique assure une plus grande biodiversité et réduit les niveaux de pollution.

Pour savoir si, d’une manière générale, l’agriculture biologique peut être considérée comme durable compte tenu des enjeux mondiaux, Eva-Marie Meemken et Matin Qaim, de l’université de Göttingen, ont évalué environ 150 études individuelles et méta-analyses sur les effets de l’agriculture biologique dans diverses parties du monde. Ils ont constaté que l’impact des aliments biologiques sur la santé n’était pas différent de celui des produits agricoles conventionnels.

Les chercheurs ont également trouvé que les avantages de l’agriculture biologique pour l’environnement et le climat ne tiennent pas lorsqu’on compare les effets par unité de produit et non par hectare de terre cultivée. Compte tenu des moindres rendements, les aliments biologiques utilisent plus de superficie que la même quantité de produits conventionnels. Pour certains paramètres, il faut donc relativiser, et dans certains cas inverser, les avantages environnementaux et climatiques de l’agriculture biologique.

Pour Matin Qaim, « il faut tenir compte des différences de rendement car les besoins alimentaires de la planète continuent d’augmenter. À ce jour, seulement un pour cent de la superficie est cultivée selon les règles de l’agriculture biologique. Pour nourrir le monde entier avec des produits biologiques, il faudrait cultiver des superficies bien plus importantes, ce qui ne serait possible qu’aux dépens des forêts et autres habitats naturels. »

Les produits biologiques coûtent trop cher pour assurer la sécurité alimentaire

« De plus, les aliments biologiques ne permettraient pas de continuer à assurer la sécurité alimentaire dans les pays en développement car, en moyenne, les produits coûtent considérablement plus chers que les produits conventionnels, » déclare Eva-Marie Meemken. À ce jour, en ce qui concerne l’approvisionnement intérieur en aliments de base, il n’existe pratiquement pas de marchés pour les produits biologiques coûteux. »

Pour conclure, les auteurs de l’étude affirment que si l’agriculture biologique présente des avantages dans certaines situations, elle ne peut être un concept directeur pour la durabilité de l’agriculture mondiale et la sécurité alimentaire. Pas plus que l’agriculture industrielle, avec sa forte consommation de produits chimiques, ne peut servir de modèle de durabilité. « Ce dont nous avons besoin, ce sont des systèmes productifs et en même temps respectueux de l’environnement. La création de tels systèmes adaptés aux conditions locales nécessite une combinaison intelligente de méthodes d’agriculture biologique et conventionnelle tenant également compte des technologies de pointe, » soutiennent Eva-Marie Meemken et Matin Qaim.

(idw/wi)

Pour en savoir plus :
Publication initiale : Meemken, E.-M., Qaim, M. (2018). Organic agriculture, food security, and the environment. Annual Review of Resource Economics

Department of Agricultural Economics and Rural Development (département d’économie agricole et de développement rural)