L’Éthiopie fait partie des pays sévèrement touchés par la dégradation des sols. <br/>Photo: © Oliver K. Kirui/ZEF

L’Éthiopie fait partie des pays sévèrement touchés par la dégradation des sols.
Photo: © Oliver K. Kirui/ZEF

Il est urgent d’agir contre la dégradation des sols

La dégradation des sols dans le monde revêt des proportions alarmantes. Si des mesures ne sont pas prises très rapidement pour enrayer cette tendance, les coûts engendrés par le phénomène atteindront un multiple de ceux occasionnés par les contre-mesures qui sont aujourd’hui nécessaires, préviennent le Centre de recherche pour le développement et l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires.

Environ 30 pour cent de la surface terrestre qui sont l’habitat de 3,2 milliards de personnes environ sont touchés par une dégradation importante des sols. Au cours des trois dernières années, la dégradation des sols dans le monde a concerné 33 pour cent des terres de pâturage, 25 pour cent des terres arables et 23 pour cent des surfaces forestières. À l’échelle mondiale, la dégradation des terres est à l’origine de pertes annuelles se chiffrant à 300 milliards USD environ, soit 40 à 50 USD par habitant et par année et environ 0,5 pour cent du produit intérieur brut mondial de 2007.

 Malgré ces coûts et le rôle essentiel que jouent les terres pour le bien-être, la prospérité et le développement humains, les investissements réalisés dans la gestion durable des terres restent modestes. Ce constat est particulièrement vrai en ce qui concerne les pays en développement, dont les populations sont le plus fortement touchées par l’impact de la dégradation. Comme le démontre une étude qui a été réalisée par le Centre de recherche pour le développement (ZEF) de l’Université de Bonn, Allemagne, et de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI) et qui a été présentée à Berlin/Allemagne à la mi-février, il est plus que temps d’agir.

Une approche intégrée pour un problème mondial

L’étude intitulée « Economics of land degradation and improvement – a global assessment for sustainable development » (économie de la dégradation et de l’amélioration des terres – une évaluation globale pour le développement durable) révèle le coût de la dégradation des sols, analyse ses déterminants et identifie des stratégies de gestion durable des terres. La méthode appelée « valeur économique totale » (VET) qui attribue des valeurs à tous les services écosystémiques et à la biodiversité, a été utilisée pour l’analyse. Elle met l’accent sur deux formes de dégradation des terres : les pertes de valeur à long terme des services écosystémiques terrestres du fait des changements intervenus dans l’utilisation et la couverture des sols et le recours à des pratiques de gestion dégradant les sols sur les terres cultivées et les pâturages qui ne font pas l’objet de changements d’affectation.

 Si les processus de dégradation des terres tels que le recul de la fertilité des sols et la perte de biodiversité s’opèrent à l’échelle locale, ils n’en ont pas moins des implications régionales et mondiales. « Seulement 46 pour cent des coûts générés sont dus aux utilisateurs directs des terres, les 54 pour cent restants étant occasionnés par la population dans son ensemble », fait remarquer le Directeur du Centre de recherche pour le développement, Joachim von Braun. D’un autre côté, les usagers des terres qui investissent dans des méthodes de gestion durable des terres ne reçoivent en retour que la moitié des bénéfices. La part du lion revient à des bénéficiaires extérieurs à l’exploitation. Et, le fait de prendre des mesures est payant. « Chaque dollar investi dans la restauration de sols dégradés génère environ 5 dollars en retour », relève von Braun en citant des résultats de simulations. Les études ont démontré que la gestion durable des terres est principalement faisable là où il existe des gouvernements efficaces, des institutions locales fortes, un accès au marché et des droits fonciers garantis. Il faut en outre disposer de politiques incitatives motivant à investir dans les terres ou dans la mise en place de services écosystémiques.

Distorsions politiques

Cependant, les politiques actuelles poursuivent souvent d’autres voies. Matthias Meißner, un expert en politique agricole du Fonds mondial pour la nature (WWF), Allemagne, insiste sur le rôle des subventions versées sur les fertilisants qui sont accordées dans un grand nombre de pays, y compris en Afrique subsaharienne. Or, cette région représente environ un quart et donc la plus grande partie du coût mondial de la dégradation des terres. « Les subventions permettent à court terme d’accroître les rendements, mais à long terme elles ont un impact préjudiciable sur la fertilité des sols », explique Meißner qui appelle la coopération au développement à concentrer ses activités sur la gestion durable de la fertilité des sols.

C’est ce qui en partie se fait déjà au ministère allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), explique le sous-directeur général du ministère Stefan Schmitz. Dans le contexte de l’Initiative « Un SEUL MONDE sans faim », des projets allant dans ce sens ont été lancés en Éthiopie, au Kenya et en Inde notamment ; 160 000 hectares de terre doivent ainsi être restaurés dans le cadre du programme, également à travers les conseils dispensés à des partenaires locaux sur les cycles sol / eau, le reboisement ou l’utilisation de fertilisants naturels pour restaurer la fertilité des sols, explique Schmitz. « Il n’y a aucun intérêt à lutter contre la faim en produisant davantage d’aliments si on perd en même temps les bases nécessaires à cette production, c’est-à-dire les sols », fait remarquer Schmitz.

Marita Wiggerthale, une experte en agriculture travaillant pour l’organisation humanitaire Oxfam, appelle à une analyse minutieuse des raisons de la dégradation des sols au niveau local. Une distinction nette devrait être faite ici entre l’agriculture industrielle et l’agriculture paysanne. Selon elle, en effet, le manque de conseils sur la gestion durable des sols est la principale raison expliquant qu’un grand nombre de petits exploitants continuent d’appliquer des méthodes de culture non durables. Aussi, des services de conseil appropriés et la garantie des titres fonciers doivent être inscrits en bonne place dans l’ordre du jour politique.

La taille des exploitations fait-elle la différence ?

Reste à savoir si la dégradation des sols est liée à la taille des exploitations et s’il est possible, à partir de ce constat, d’élaborer des lignes directrices mondiales pour l’agriculture. « Les 450 millions de petits exploitants agricoles ne sont pas en soi la cause de la dégradation des sols », affirme Joachim von Braun, réfutant ainsi une hypothèse souvent avancée. Ses collègues et lui-même n’ont pas pu, dans l’étude, établir l’existence d’un lien significatif entre la taille de l’exploitation et l’étendue de la dégradation des sols ou la tendance à une telle dégradation. L’ancien directeur exécutif du programme des Nations unies pour l’environnement, Klaus Töpfer, souligne que l’agriculture à haute intensité de capitaux est considérée avec scepticisme aujourd’hui et que l’augmentation de la taille des exploitations suite à un processus de consolidation, associée à une perte de biodiversité, était sujette à caution. « Nous pouvons constater que l’échelle des solutions tend à se rétrécir alors que la mise en réseau augmente, ce qui peut également conduire à des niveaux de productivité très élevés » soutient Töpfer.

Silvia Richter, éditeur, Rural 21

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