La Fairtrade Foundation prévient que la non-participation des agriculteurs à des partenariats public-privé (PPP) risque d’exacerber la pauvreté.
Photo: © fairtrade.org.uk

Fairtrade : un droit à la parole pour les petits exploitants agricoles?

Dans une récente étude, la Fairtrade Foundation écrivait que les gouvernements et les partenaires internationaux du développement devaient en faire plus pour que les petits exploitants agricoles puissent jouer un rôle actif dans la conception et la mise en place de partenariats public-privé (PPP).

Les gouvernements et les ONG travaillent de plus en plus en partenariat avec le secteur privé pour s’attaquer aux problèmes de la faim et de la pauvreté dans le monde, mais les résultats d’une étude publiés par la Fairtrade Foundation en septembre 2014 attire l’attention sur le fait que, loin d’être la solution miracle, certains partenariats public-privé (PPP) instaurés en Afrique semblent donner la priorité aux intérêts commerciaux et ignorer les besoins des petits exploitants agricoles qu’ils prétendent aider, et pourraient même contribuer à exacerber la pauvreté. 

Cette étude rappelle que depuis la crise alimentaire mondiale de 2007-08, on a constaté, en Afrique, une augmentation rapide du nombre de PPP agricoles et notamment d’initiatives de prestige telles que la Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (New Alliance for Food Security & Nutrition), qui a été lancée par le président Obama lors du Sommet du G8 2012 et promettait trois milliards de dollars US d’investissements d’entreprises dans l’agriculture dans le but de sortir 50 millions de personnes de la pauvreté dans un délai de dix ans. 

A seat at the table?, étude de la Fairtrade Foundation consacrée à quatre PPP agricoles créés au Ghana, au Malawi et au Kenya, a trouvé des exemples de PPP qui n’avaient pas collaboré avec les petits exploitants agricoles, avaient fait des hypothèses quant à leurs besoins sans tenir compte de leurs problèmes et priorités réels, et les avaient considérés comme des bénéficiaires de l’initiative et non pas comme des partenaires à part entière. Elle a constaté que les représentants des agriculteurs avaient eu peu ou pas du tout d’occasions de s’asseoir à la même table que les représentants des gouvernements , entreprises et autres parties prenantes des PPP ou d’influencer la conception ou la mise en place des PPP qui prétendent améliorer leur situation.  
Un exemple présenté dans l’étude de Fairtrade est celui du projet d’agriculture commerciale (Commercial Agriculture Project) du Ghana, un PPP cadre de 145 millions de dollars US instauré par le gouvernement du Ghana, la Banque mondiale et USAID. Il a pour objectif d’améliorer la productivité des petites exploitations agricoles dans les plaines d’Accra et dans les régions du nord du Ghana, mais les petits exploitants n’ont eu qu’une occasion, en 2011, de donner leurs points de vue à ce sujet. L’étude remarque que le projet adopte une approche axée sur la demande, si bien que les fonds sont attribués en fonction des demandes du secteur privé et non pas en fonction d’une évaluation des besoins des agriculteurs.

Cité dans l’étude, Chief Adam Tampuri, président de la Gbankuliso Cashew Farmers’ Association, la plus importante organisation d’agriculteurs (près de 1 000 membres) du district de Bole, au Ghana, a fait remarquer qu’en tant que chef d’une fédération d’agriculteurs … il est en contact direct avec d’autres producteurs du pays et du continent et considère que ce sont eux qui devraient ajouter de la valeur à la façon dont un projet peut œuvrer au profit des producteurs. « Ce projet a été créé pour modifier et améliorer l’existence des agriculteurs, mais aucun changement n’est possible tant que les gens ne coopèrent pas, » a-t-il ajouté.  

La pire des situations a été trouvée à Dwangwa, dans le centre du Malawi, où plus de 250 petits exploitants agricoles ont été chassés de leurs terres – certains alléguant qu’ils avaient été battus par des policiers armés et que leur domicile avait été détruit – pour faire place à un PPP de la canne à sucre, financé par la Banque africaine de développement et aujourd’hui sous l’égide de la Nouvelle alliance. 

S’exprimant sur les résultats de l’étude, Mme Barbara Crowther, directrice de la politique et des affaires publiques (Policy & Public Affairs) de la Fairtrade Foundation, a déclaré : « Les gouvernements et les partenaires internationaux du développement doivent en faire plus pour veiller à ce que les petits exploitants agricoles puissent jouer un rôle actif dans la conception et la mise en place de PPP agricoles, sinon, loin d’éradiquer la pauvreté, ils risquent d’aggraver les inégalités sociales et économiques, de créer des troubles civils, voire d’exacerber la pauvreté ». 

Fairtrade fait part des conclusions de l’étude aux gouvernements, chefs d’entreprises et ONG et les incite à adopter un certain nombre de recommandations pour les PPP agricoles. Ces recommandations sont notamment les suivantes : 

  • affecter les fonds fournis par les gouvernements et les donateurs à la réalisation d’objectifs de développement clairs et mesurables ; 
  • s’assurer qu’il existe une politique et une législation foncières claires et opérationnelles ;
  • s’assurer que le processus de conception est transparent et participatif ; 
  • réaliser des évaluations rigoureuses de l’impact social ; 
  • investir dans le renforcement des capacités des producteurs ; et 
  • trouver un juste équilibre entre les besoins d’accès aux marchés et les priorités des petits exploitants. 


L’étude A seat at the table? s’appuie sur les recherches antérieures de Fairtrade sur l’habilitation des petits exploitants agricoles dans les chaînes d’approvisionnement, qui demandaient aux gouvernements et aux décideurs d’accroître le droit à la parole, l’influence et l’organisation des agriculteurs, et d’augmenter et cibler les dépenses publiques nationales et les fonds des donateurs consacrés à l’agriculture.

(Fairtrade/wi)

Pour en savoir plus: 

L’étude: Fairtrade UK

New Alliance for Food Security & Nutrition