La légionnaire d’automne au deuxième rang pour les pertes de rendement annuelles (9,6 milliards d’USD).
Photo: CABI

Les espèces étrangères invasives causent d’énormes pertes à l’Afrique

Dans une récente étude, des chercheurs du CABI (institut de recherche britannique) affirment que le secteur agricole africain doit faire face à des coûts considérables dus à des espèces étrangères invasives.

Des chercheurs du CABI ont réalisé la première étude exhaustive sur l’impact économique de diverses espèces étrangères invasives sur le secteur agricole africain, impact qu’ils évaluent à 3,6 mille milliards d’USD par an. Cela équivaut à 1,5 fois le produit intérieur brut (PIB) de l’ensemble des pays africains ou à celui de l’Allemagne. L’étude a été publiée en mai dans la revue CABI Agriculture and Bioscience. 

Constituée de chercheurs de centres CABI d’Afrique et d’Europe, l’équipe a réalisé une analyse documentaire exhaustive et une enquête en ligne auprès de 110 répondants – travaillant en grande partie pour l’État ou dans la recherche – et a déterminé que l’espèce invasive Tuta (Phthorimaea) absoluta était responsable des pertes de rendement annuelles les plus importantes (11,45 milliards d’USD), devant la légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda) (9,4 milliards d’USD).

L’étude a tenu compte des pertes de rendement des principales cultures, parmi lesquelles le maïs, la tomate, le manioc, la mangue et la banane (82,2 milliards d’USD), ainsi que des coûts de la main-d’œuvre – pour le désherbage (3,63 mille milliards d’USD) – et des pertes de revenus tirés du bétail (173 millions d’USD).

L’impact annuel des espèces étrangères invasives – qui comprennent également Prostephanus truncatus, Bactrocera dorsalis et le virus du bananier bunchy top (BBTV) – a été le plus dur sur le manioc (21,8 milliards d’USD), devant les agrumes (14,6 milliards d’USD), la tomate (10,1 milliards d’USD), le maïs (9,8 milliards d’USD) et la banane (7,1 millions d’USD).

L’auteur principal, le Dr René Eschen , a déclaré « les résultats mettent en lumière la nécessité d’appliquer des mesures qui, d’une part, empêchent les nouvelles espèces d’arriver et les espèces établies de se propager et qui, d’autre part, réduisent les coûts de gestion des espèces très répandues et à fort impact grâce à des méthodes telles que la lutte biologique. Cela réduira potentiellement les coûts de production, réduira les pertes de rendement et améliorera les moyens d’existence des agriculteurs et des autres utilisateurs des terres concernés. »

La Dr Bryony Taylor, coauteure, a ajouté « Nous avons enrichi la base de connaissance des coûts des espèces étrangères invasives pour le secteur agricole de l’Afrique en incluant tous les pays du continent là où les études antérieures n’en incluaient que quelques-uns.  

« Les résultats de cette étude apportent aux responsables des orientations politiques les preuves nécessaires pour prioriser les mesures de gestion des espèces étrangères invasives et, par conséquent, réduire les coûts sur le long terme. »

Selon Fernadis Makale, autre auteur de l’étude, « La forte estimation des coûts du désherbage peut surprendre mais ce travail, souvent effectué par les femmes et les enfants, n’est jamais évalué dans le cadre de l’économie africaine. En outre, il ne faudrait pas conclure que ces gens reçoivent cet argent sous forme de salaires. L’estimation représente plutôt un coût d’opportunité, ce qui veut dire que si ces personnes ne devaient pas désherber les espèces étrangères invasives, elles pourraient faire autre chose, par exemple aller à l’école ou avoir une activité économique rémunérée. » 

Stratégie de l’UA pour gérer les espèces étrangères invasives en Afrique 


L’étude a été réalisée à la suite d’un sommet politique sur les espèces invasives organisé en 2019, au cours duquel 70 délégués (décideurs politiques, chercheurs, représentants du secteur privé et de la société civile) venus de toute l’Afrique ont pris la résolution d’élaborer une stratégie et un plan d’action pour lutter contre les espèces étrangères invasives. 

En réponse aux résultats de l’étude, le Dr Dennis Rangi, directeur général, Développement, CABI, a déclaré : « La valeur estimative (3,6 mille milliards d’USD par an) de l’impact des espèces étrangères invasives sur le secteur agricole de l’Afrique représente une perte considérable quand on sait que plus de 80 pour cent de la population rurale dépend des produits qu’elle cultive pour se nourrir et avoir un revenu.  

« Sous l’autorité de l’Union africaine, les pays ont aujourd’hui une stratégie de gestion des espèces invasives en Afrique. La stratégie 2021-2030 offre un cadre que toutes les parties concernées au niveau continental, régional et national peuvent utiliser pour éradiquer les espèces invasives établies et empêcher leur arrivée de manière durable en Afrique. »

Actuellement dans sa première année de mise en œuvre, la stratégie de lutte contre les espèces étrangères invasives définit six domaines clés sur lesquels elle met l’accent dans son plan d’action 2021-2025. La création en 2022 de mécanismes continentaux, régionaux et nationaux de financement d’urgence permettant d’agir rapidement contre les espèces étrangères invasives, est une de ses priorités.

(CABI/wi)

Référence du document complet:
René Eschen, et al: ‘Towards estimating the economic cost of invasive alien species to African crop and livestock production,’ CABI Agriculture and Bioscience, 20 mai 2021, DOI: 10.1186/s43170-021-00038-7

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