Adélaïde Ganou, Institut international de l’ingénierie de l’eau et de l’environnement, Ouagadougou, et Thomas Czoske, de la société Ökoservice GmbH, mesurent la teneur en boue des eaux usées à l’aide d’une éprouvette.
Photo : © ClimateSol, Ouagadougou, Burkina Faso

Du carbone végétal pour purifier l’eau et fertiliser le sol

De petites installations de traitement des eaux usées récemment mises au point peuvent être utilisées pour extraire du phosphore destiné à fertiliser le sol et pour améliorer la qualité de l’eau d’irrigation. La Fondation fédérale allemande pour l’environnement (DBU) soutient la réalisation d’un tel projet.

Résoudre les problèmes de traitement des eaux usées et, en même temps, produire un engrais permettant de fertiliser les sols appauvris. Un nouveau type de petite installation de traitement des eaux usées va bientôt améliorer les conditions de vie d’une partie de la population du Burkina Faso, en Afrique occidentale. Grâce à l’utilisation de carbone végétal, on peut extraire du phosphore des eaux usées et l’utiliser pour fertiliser le sol.

Ce concept a été mis au point et est mis en œuvre par la société Ökoservice GmbH, de Denkendorf, en collaboration avec l’université de technologie de Hambourg (TUHH), Allemagne, et des partenaires locaux au Burkina Faso, par exemple ClimateSol. La Fondation fédérale allemande pour l’environnement (DBU) offre un soutien technique et financier d’environ 121 000 EUR.

« Les résultats du projet montrent clairement qu’on peut fermer le cycle du phosphore en ayant recours à des technologies environnementales intelligentes – en Allemagne et partout dans le monde. Cette question est essentielle et exige une coopération appropriée pour maintenir notre base de vie commune, » a déclaré Alexander Bonde, secrétaire général de la DBU, lorsqu’il a présenté le projet.

Des déchets utilisés comme engrais

Comme l’explique le chargé de projet, Jörg Fingas, de la TUHH, ce type de petite installation de traitement des eaux usées ne nécessite généralement aucun traitement préliminaire, ce qui explique qu’aucune boue fécale très contaminée n’est produite. Il ne nécessite par ailleurs aucun traitement ultérieur et l’installation peut être considérablement plus compacte que les autres, ce qui se traduit par une nette réduction des coûts et par une plus faible empreinte écologique.

Dans le cadre du projet, une installation existante a été adaptée aux besoins particuliers du Burkina Faso. « Elle a ceci de particulier que nous avons ajouté du carbone végétal régional aux boues d’épuration. Ce carbone provient des résidus de cuisine, est extrait de l’écorce du dattier du désert et est un déchet de la production d’huile, » fait remarquer Jörg Fingas. Le phosphore et la biomasse contenus dans les eaux usées sont déposés sur le carbone et peuvent ultérieurement servir d’engrais permettant de fertiliser des sols appauvris. À la fin du processus, l’eau est épurée au point de pouvoir être utilisée pour irriguer les champs.

Les travaux de recherche se poursuivent : produire de l’eau potable

Les partenaires du projet ont accordé une grande importance à la prise en compte des aspects écologiques et économiques. « C’est pourquoi nous avons conçu l’installation de sorte qu’elle puisse être construite par des artisans locaux, afin de contribuer à la création d’une valeur ajoutée locale, » déclare Thomas Czoske, d’Ökoservice. L’objectif est d’utiliser autant d’éléments disponibles au plan local que possible, seule une petite partie venant d’Allemagne.

L’installation testée est conçue pour un ménage pouvant compter jusqu’à douze personne, mais il est également possible de concevoir des installations de traitement des eaux usées pour 5 000 personnes. Elles peuvent ainsi convenir à des logements individuels, mais aussi à des hôtels, des écoles ou des camps.

Selon Franz-Peter Heidenreich, spécialiste de la DBU, des négociations sont déjà en cours avec les premières parties intéressées. L’exploitation de l’installation d’essai est déjà garantie pour les deux années à venir.

Pendant cette période, une thèse de doctorat étudiera la possibilité d’utiliser une petite installation de traitement des eaux usées avec, par ex., des graines de moringa servant de désinfectant pour obtenir de l’eau potable. « Avec ce projet, nous renforçons plusieurs cycles, celui du phosphore mais aussi celui de l’eau, et nous contribuons à la création d’une valeur ajoutée locale, » résume Franz-Peter Heidenreich, spécialiste de la DBU.

Rappel – le phosphore utilisé comme matière première

Le phosphore est un important composant des engrais agricoles. Il est extrait de mines à ciel ouvert, avec tout l’impact que cela peut avoir sur l’environnement. Le phosphore est souvent extrait dans des pays dont la situation politique est difficile et cette extraction consomme beaucoup d’énergie.

Une bonne partie du phosphore se retrouve dans les boues d’épuration alimentaires. Ce phosphore ne peut être réutilisé directement dans l’agriculture car il contient souvent de nombreux polluants.

Toutefois, si le phosphore n’est pas réutilisé, on court le risque de dépasser une des limites de contamination de l’écosystème mondial définies par des experts internationaux, et de rater l’occasion de se conformer, à longue échéance, aux objectifs de développement durable des Nations unies adoptés en 2015. Ces objectifs visent à garantir le développement durable au niveau économique, social et écologique.

(dbu/wi)

Pour en savoir plus :
Lien à la brochure (en allemand seulement)