Dominique Guenat (professeur à l’HAFL), Mansour N’Diaye (FAO Tchad), Pierre-André Page (Conseil national de Suisse FR), Mariane Ngerassem (agricultrice) et le modératrice Melanie Pfändler (de gauche à droite).
Photo : © EDA

Développement rural et urbain – Conférence annuelle de la DDC 2018

L’amélioration de la durabilité des zones urbaines et rurales – deux priorités de la Suisse en Afrique – était au cœur de la Conférence annuelle de la DDC à Berne/Suisse, en juin dernier.

Plus de 1 200 participants – spécialistes, politiciens, représentants d’agences des Nations unies, d’ONG et de la société civile – ont assisté à la Conférence annuelle de la coopération suisse au développement (DDC / SECO) à Berne, fin juin 2018.

Le thème choisi pour la conférence était les travaux de la DDC et du Secrétariat d’État suisse aux affaires économiques (SECO) en Afrique, ainsi que leurs priorités pour le continent en termes de développement durable des zones urbaines et rurales.

 Après l’ouverture officielle, le premier groupe d’experts a abordé la question du développement rural dans le secteur semencier au Tchad, et un autre s’est penché sur le développement urbain dans les townships d’Afrique du Sud.

Meilleurs rendements, meilleures opportunités – production de semences au Tchad

Les trois quarts de la superficie du Tchad sont semi-arides et un quart est subhumide. L’eau est rare et le changement climatique frappe de plein fouet la population locale. Dans les zones rurales, l’agriculture est la seule source de revenu. Confronté à un taux de croissance démographique de 3,6 pour cent, le Tchad doit relever de nouveaux défis dans la mesure où ses ressources naturelles sont limitées mais indispensables pour nourrir la population.

Le projet « semences » est axé sur la production, la multiplication, le contrôle de la qualité et la distribution des semences et sur le renforcement des capacités des laboratoires publics. Par ailleurs, les International Services de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ IS) a formé des femmes rurales à la multiplication de semences de haute qualité, par exemple celle des céréales, du maïs, de l’arachide et du millet.

Au Tchad, seulement deux pour cent des semences sont certifiées. « Nous devons renforcer le secteur formel et le secteur informel, pour que les agriculteurs puissent mieux distribuer les semences, ainsi que les systèmes de prix, pour faire en sorte que les semences de qualité leur soient accessibles, » a déclaré Dominique Guenat, professeur à la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL), Zollikofen, Suisse.

Parallèlement, le changement climatique, responsable de problèmes de sécheresse et de phénomènes de désertification, avait des conséquences sur la vie quotidienne des gens. Dominique Guenat a souligné qu’il était par conséquent important d’utiliser des semences adaptées aux écosystèmes et résistant à la sécheresse.

Mariane Nguerassem, agricultrice tchadienne, a ajouté que les inondations, associées au fait que les semences mettaient plus de temps à parvenir à maturité, autre résultat du changement climatique, avaient un impact direct sur les moyens de subsistance.

« Il ne fait aucun doute que l’aide humanitaire durable consacrée aux besoins des réfugiés devrait également intégrer le secteur semencier dans les pays d’origine. Mais les semences ne sont qu’une réponse à la migration, » a déclaré Mansour N’Diaye, représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) au Tchad. « Il est primordial de faire la démonstration de ce qui fonctionne et, dans un second temps, d’utiliser à plus grande échelle ces approches initialement testées dans le cadre de projets pilotes, » a-t-il ajouté.

Des approches innovantes des problèmes urbains en Afrique du Sud

En Afrique du Sud, le SECO collabore avec la Banque mondiale pour soutenir le programme d’aide aux villes (Cities Support Program). Ce programme aide huit conseils municipaux à organiser leurs villes de sorte qu’elles deviennent plus inclusives, durables et productives.

En raison de la stagnation économique, le système social a subi une pression accrue. Il est ainsi devenu plus important d’interconnecter les zones rurales et urbaines. « Des villes fortes ont besoin de zones rurales bien plus fortes, » a poursuivi Sithole Mbanga, président du Réseau des villes de l’Afrique du Sud. « Par exemple, le système de transports en commun de Johannesburg doit gérer de 16 à 18 millions de personnes vivant dans les townships et les environs. »

Malijeng Ngqaleni, chef Relations intergouvernementales, Ministère des Finances, Afrique du Sud, a déclaré qu’en matière de logement, d’électricité et d’eau, les raccordements étaient déjà choses faites, mais qu’en matière d’intégrité sociale, une solution cohérente restait encore à trouver. Les politiques pour les établissements humains devaient tenir compte du foncier, du logement et des transports en commun et être catalysées par des investissements privés.

Chaque ménage dépensant en moyenne 60 pour cent de ses revenus en transports en commun, l’Afrique du Sud a fait référence à cette situation en l’appelant la « crise des ménages ». Il s’agissait d’un problème systémique qui nécessitait des approches intégrées et l’implication d’entités sociales telles que les écoles pour améliorer la situation des transports, a expliqué madame Ngqaleni.

Monsieur Mbanga a déclaré que pour contribuer à résoudre ce problème, le gouvernement devait offrir les bonnes conditions cadres et mesures d’incitation. La clé de la réussite consiste à rassembler le secteur privé, la société civile, le gouvernement et les entités innovantes pour investir.

 

Daniela Böhm, rédactrice, Rural 21

 

En savoir plus :

Conférence annuelle de la coopération suisse au développement 2018

Site web du projet d'Un développement urbain durable en Afrique du Sud pour un climat économique plus favorable

Site web du projet de La stabilité du secteur des semences favorise la sécurité alimentaire au Tchad