Dr Patrick Caron, président du comité directeur de la conférence, lors de la cérémonie d’ouverture au CIRAD.
Photo : © CIRAD

Des territoires vivants pour transformer le monde

Les participants à la conférence « Territoires vivants 2018 » organisée par le CIRAD se sont accordés sur la nécessité d’adopter une perspective territoriale dans leur approche du développement. Ils ont en outre souligné l’importance des territoires ruraux pour la réalisation des ODD.

Quel est le rôle joué par les territoires ruraux ? Et comment ces derniers peuvent-ils contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable adoptés par les Nations unies? Ces questions et d’autres encore ont été discutées lors de la conférence Living Territories 2018:using rural territories to change the world (Territoires vivants 2018 : utiliser les territoires vivants pour transformer le monde), organisée par le CIRAD à Montpellier, France, du 22 au 24 janvier 2018.

La discussion s’appuyait sur les résultats figurant dans l’ouvrage « Des territoires vivants pour transformer le monde », qui a été publié dans la collection Agricultures et Défis du Monde (Éditions Quae), sous la coordination du CIRAD et de l’Agence française de développement.

Face à un monde globalisé et incertain est né l’engouement contemporain pour le terme de « territoires », espaces où s’inventent aujourd’hui de nouvelles formes de gouvernance et de solidarité.

Les territoires ruraux jouent un rôle important dans l’atteinte des ODD

Les campagnes n’ont en effet cessé de voir décroître leur nombre d’habitants mais près de la moitié de la population mondiale y vit encore.  Aussi, quand des acteurs internationaux abordent la question du développement durable, ils mettent fréquemment l’accent sur les villes qui sont en plein essor.  Plus de la moitié de l’humanité vit à présent dans des villes, et les Nations unies estiment que les villes accueilleront les deux tiers de la population mondiale d’ici à 2050.

« Mais il est trop tôt pour oublier que l’autre moitié de la population est aujourd’hui encore rurale et que cette population rurale continue d’augmenter dans un grand nombre de pays », affirme Elodie Valette, une scientifique travaillant au CIRAD. Valette fait remarquer que la perspective urbanocentrée a accordé trop peu d’attention au lien entre villes et campagnes. « Ce point de vue tend à faire oublier que les villes ne connaîtront pas la paix sans ruralités florissantes » dit elle, et d’ajouter qu’en dépit des prévisions concernant l’inévitable dépopulation des territoires ruraux et la concentration de la production agricole sur certaines régions, les zones rurales sont innovantes et se transforment.

Les territoires ruraux jouent un rôle majeur dans l’atteinte des ODD. L’ODD 10, par exemple « Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre » inclut la cible suivante : d’ici à 2030, assurer progressivement et durablement une croissance des revenus des 40 pour cent de la population les plus pauvres à un rythme plus rapide que celle du revenu moyen national. Pour atteindre cet ODD, il faudra intervenir de façon ciblée dans les territoires ruraux marginalisés et fragiles où vit une grande partie de la population visée.

Adopter une perspective territoriale pour penser le développement

« Urbain et rural ne sont pas des constructs statiques, et ce n’est pas le cas non plus des concepts qui les représentent », a expliqué Julio Berdegue, représentant régional de l’Amérique latine et des Caraïbes au sein de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), lors de la conférence.

Les participants se sont accordés pour dire que trois faits différents appellent l’adoption d’une perspective territoriale dans l’approche du développement : les processus de transformation du monde rural, et en particulier la démarcation devenue plus floue entre les catégories « rural » et « urbain », la diversification des activités rurales et la nouvelle configuration des interactions entre dynamiques locales, nationales et mondiales. L’objectif est d’élaborer des approches territoriales pour mieux comprendre les changements structurels à l'œuvre et pour proposer des plans d’action et des politiques publiques adaptées.

Selon Valette, l’élaboration d’approches territoriales ne signifie pas qu’il faut négliger les approches sectorielles, mais qu’il importe plutôt d’en compléter et d’en renforcer les effets positifs. Il faut également créer des passerelles avec d’autres approches qui présentent de fortes similarités avec celles à base territoriale, telles que la gestion intégrée des paysages, ainsi qu’avec des approches plus centrées sur la mobilité, la migration et les réseaux.

Ines Lechner, rédactrice Rural 21

Des informations plus détaillées sont disponibles sur le site Internet de la conférence

Pour télécharger l’ouvrage « Des territoires vivants pour transformer le monde »