Plus de 70 pour cent de plantes sauvages apparentées à des espèces cultivées ont un besoin urgent d’être collectées.
Photo: @ CIAT

Des plantes sauvages apparentées à des espèces cultivées sont menacées

Premier en son genre, un projet de cartographie mondiale révèle des lacunes dans la diversité génétique des plantes sauvages pour permettre à l’agriculture de s’adapter au changement climatique à venir

Selon une récente étude du Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), en collaboration avec le fonds mondial pour la diversité des cultures (Global Crop Diversity Trust – Crop Trust)  et les Jardins botaniques royaux (Royal Botanic Gardens – RBG) de Kew, de nombreuses plantes sauvages essentielles pour l’avenir de l’approvisionnement alimentaire de la planète sont absentes des banques de gènes mondiales.

Les plantes sauvages apparentées (PSA) – cousins éloignés de cultures alimentaires bien connues telles que le riz, la pomme de terre, le maïs et le blé – sont largement reconnues comme les ressources les plus importantes dont disposent les obtenteurs dans la lutte contre le changement climatique. Malheureusement, beaucoup n’ont pas été collectées et ne sont pas préservées dans des banques de gènes, ce qui veut dire que les obtenteurs sont incapables de s’en servir. Par ailleurs, bon nombre de leurs habitats sont menacés par l’urbanisation, la pollution, la déforestation, le changement climatique et la guerre.

Les PSA offrent une précieuse diversité génétique dont on peut se servir pour mettre au point des plantes capables de s’adapter et de prospérer malgré les conséquences du changement climatique, et notamment les fortes températures, la salinité accrue du sol due à l’élévation du niveau des mers, et la fréquence accrue des maladies et infestations parasitaires. 

L’étude a été réalisée dans le cadre du projet Adaptation de l’agriculture aux changements climatiques : collecter, protéger et préparer des plantes sauvages apparentées à des espèces cultivées qui est financé par le gouvernement de la Norvège.  Plus d’un millier de PSA des 81 cultures les plus importantes du monde ont été cartographiées et l’étude a révélé d’importantes lacunes dans les banques de gènes mondiales, en termes d’espèces et de régions.

Les principales conclusions de l’étude sont les suivantes :

  • 29 pour cent du total, soit 313 plantes sauvages apparentées analysées, sont totalement absentes des banques de gènes mondiales ;
  • 257 (23,9%) autres espèces sont représentées par moins de dix échantillons collectés pour chacune d’elles, ce qui réduit considérablement l’importance potentielle de la diversité végétale ;
  • plus de 70 pour cent du nombre total de plantes sauvages apparentées ont un besoin urgent d’être collectées et préservées pour améliorer leur représentation dans les banques de gènes ;
  • plus de 95 pour cent sont insuffisamment représentées par rapport à la grande variation géographique et écologique de leurs distributions d’origine ;
  • c’est dans le Bassin méditerranéen et au Moyen-Orient, en Europe occidentale et australe, dans l’Asie du Sud-Est et de l’Est, et en Amérique du Sud que les cartes de collecte révèlent les situations les plus critiques.

L’étude a été publiée en mars dans la revue Nature Plants. Elle compare la répartition prévue des PSA avec les données des banques de gènes mondiales pour produire ce qu’on pense être la liste la plus complète à ce jour des lacunes dans la collecte des plantes sauvages apparentées.

Selon les auteurs, il est urgent de collecter et préserver les plantes sauvages apparentées aux cultures importantes pour la sécurité alimentaire que sont la banane et le plantain, le manioc, le sorgho et la patate douce, ainsi que celles qui sont apparentées à l’ananas, la carotte, l’épinard et de nombreux autres fruits et légumes. Même pour les plantes sauvages apparentées à des cultures alimentaires vitales telles que le riz, le blé, la pomme de terre et le maïs – qui ont tendance à être mieux représentées dans les banques de gènes – on constate d’importantes lacunes dans les collections.
Par ailleurs, ils attirent l’attention sur le fait que certaines PSA, dont la collecte et la préservation sont considérées comme très prioritaires, sont menacées par la guerre et les conflits internes dans des pays tels que la Syrie et l’Afghanistan et par une évolution de l’utilisation des terres (déforestation, par exemple) en Asie du Sud-Est.

L’étude identifie également les régions dans lesquelles les PSA sont relativement bien collectées, notamment en ce qui concerne le blé, le pois chiche, la tomate, le soja et le riz. Ces échantillons se sont déjà avérés utiles pour les efforts de sélection végétale. Par exemple, les gènes d’une espèce de riz sauvage (Oryza nivara) ont aidé à élaborer des variétés de riz résistant au nanisme herbacé du riz, une maladie virale qui a entraîné des pertes de centaines de millions de dollars aux agriculteurs asiatiques dans les années 1970, alors qu’une espèce unique de tomate sauvage a fourni des gènes améliorant de 2,4 pour cent la teneur des fruits en solides, amélioration dont on estime qu’elle a représenté environ 250 millions de dollars US supplémentaires pour l’industrie mondiale de la tomate.

(CIAT/wi)

En savoir plus

Accéder à l’article de la revue Nature Plants

Le projet d’adaptation de l’agriculture au changement climatique (Adapting Agriculture to Climate Change Project) est une initiative mondiale sur 10 ans de collecte, de préservation et de promotion de l’utilisation de plantes sauvages apparentées à 29 cultures alimentaires majeures.

Voir également : www.cwrdiversity.org.