Les manuscrits sauvés, source de précieuses connaissances des anciens savants de Tombouctou.
Photo: © A.Wilcke

De précieux manuscrits arabes sauvés de Tombouctou

Environ 300 000 précieux manuscrits datant des 12e - 15e siècles ont pu être sauvés de leur destruction par les rebelles africains d’Al-Qaïda grâce à une action d’aide internationale. Les experts espèrent que ces manuscrits livreront de précieux enseignements pour l’agriculture africaine.

Grâce à une action secrète de sauvetage, environ 300 000 précieux manuscrits ont échappé à la destruction lors de l’occupation de Tombouctou (Mali) par les rebelles africains d’Al-Qaïda. Selon le Time magazine et la Fondation Gerda-Henkel établie en Allemagne, une action d’aide ayant duré plusieurs mois et dirigée par le conservateur d’une des plus grandes bibliothèques de Tombouctou, Dr. Abdel Kader Haïdara, qui a été menée conjointement avec l’université du Cap (Afrique du Sud), a permis de sauver des manuscrits faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO et de les mettre d’abord à l’abri dans la capitale du Mali, Bamako. Des experts en écritures du Mali, d’Allemagne et d’Afrique du Sud ont depuis lors engagé des mesures immédiates visant à conserver et à restaurer les manuscrits afin de pouvoir les mettre durablement à la disposition des scientifiques.

La ville de Tombouctou, située au cœur du désert en Afrique occidentale, accueillait dès le 12e siècle une célèbre université comptant jusqu’à 25 000 étudiants. Outre les études coraniques, on y enseignait, les mathématiques, la géographie et la médecine. Les précieux écrits datent en partie de cette époque et sont d’inestimables sources de connaissances transmises par des érudits ayant vécu entre le 12e et le 15e siècle. Les documents sauvés de l’Institut Ahmed-Baba traitent non seulement des mathématiques, de la musique, du droit islamique et de la poésie, mais aussi de l’agriculture. L’Institut Ahmed Baba n’est que l’une des quelque 80 bibliothèques privées existant à Tombouctou qui ont réussi à conserver ces précieux manuscrits jusqu’à aujourd’hui. Tombouctou était tombée sous la domination des radicaux islamistes de l’Al-Qaïda qui avaient occupé une grande partie du nord du Mali au cours de l’hiver 2013. En février 2013, les rebelles avaient mis la bibliothèque Ahmed-Baba à feu, mais les manuscrits avaient heureusement été déjà transférés hors de la ville.

Comme l’a fait savoir la Fondation Gerda Henkel en juillet 2014, un grand nombre d’instituts maliens et internationaux avaient, au cours de ces 25 dernières années, déjà attiré l’attention sur les manuscrits de Tombouctou, mais l’inestimable valeur de ces écrits pour l’ensemble de la région n’est apparue au grand jour qu’aujourd’hui. Le projet de coopération avec l’université du Cap est la manifestation de l’engagement renforcé  de la Fondation en Afrique. Dans le cadre du projet, l’Institut sur les humanités en Afrique étudie le lien existant entre la culture manuscrite et la société civile dans la zone sahélienne musulmane et dans le Sahara en s’inspirant de l’exemple du patrimoine de Tombouctou.

Des indications précieuses sur l’utilisation des plantes locales

 

Selon Dmitry Bondarev, collaborateur du Centre pour l’étude des cultures manuscrites de l’université de Hambourg en Allemagne, la bonne conservation des manuscrits est à présent la mesure la plus importante à prendre avant de pouvoir poursuivre l’étude des manuscrits, qui pourrait ouvrir de nouveaux domaines de recherche scientifique s’appuyant sur les usages médicaux documentés des plantes locales et sur la prophylaxie traditionnelle du paludisme. L’institut de Hambourg, qui participe également aux mesures de conservation, s’occupe principalement de l’évaluation des manuscrits dans les domaines de la médecine et de l’agriculture. Les scientifiques hambourgeois attirent tout particulièrement l’attention sur les précieuses connaissances des anciens savants de Tombouctou sur les questions liées à la productivité agricole, et notamment sur les méthodes traditionnelles visant à accroître les rendements de cultures locales telles que le riz. « Ces travaux sur l’agriculture pourraient être utilisés en contre-point des méthodes d’exploitation modernes des sols africains recourant à des techniques agricoles importées » dit Bondarev.

 

Les manuscrits se trouvant à Bamako doivent d’abord être cataloguées et numérisés afin qu’ils puissent être étudiés par des scientifiques du monde entier.


(Angelika Wilcke/Henkel-Stiftung/SciDev)