Le nombre de personnes souffrant aujourd’hui de malnutrition a diminué de 200 millions en 20 ans, mais il n’empêche que, tous les jours, 805 millions de personnes – soit 1 sur 9 – se couchent encore le ventre vide.
Photo: © Gates Foundation

Conférence internationale sur la nutrition : faim et malnutrition, un problème mondial

Lors de la deuxième Conférence internationale sur la nutrition (ICN2) qui s’est tenue à Rome, Italie, en novembre dernier, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont à nouveau examiné la question de la nutrition avec les États membres pour la première fois en 22 ans. Il faut maintenant que le Cadre d’action soit suivi de mesures concrètes de lutte contre la malnutrition et la sous-alimentation, ainsi que contre l’obésité, un problème de plus en plus répandu dans les pays en développement.

Du 19 au 21 décembre, les représentants de 172 pays se sont réunis à Rome, Italie, à l’occasion de la deuxième Conférence internationale sur la nutrition. Pour la première fois depuis 22 ans, le sujet de la nutrition a été porté à l’ordre du jour par les organisateurs de la conférence, à savoir l’OMS et la FAO. Les progrès réalisés dans la lutte contre la faim et la malnutrition depuis la première Conférence internationale sur la nutrition organisée en 1992 ont été bien plus lents que prévu. Plus de 800 millions de personnes souffrent encore de sous-alimentation chronique et plus de deux milliards sont affectés par ce qu’on appelle la « faim insoupçonnée », problème dû à une carence en vitamines et minéraux essentiels.
Chaque jour, plus de 7 000 enfants de moins de cinq ans succombent aux effets de la malnutrition et plus d’un enfant sur quatre souffre d’un retard de croissance dû à une sous-alimentation chronique. Parallèlement, les pays en développement et les économies émergentes sont confrontés à une forte progression de l’obésité. Actuellement, 1,4 milliard de personnes souffrent de ce problème dans le monde.
La Déclaration de Rome fait référence à la faim et aux diverses formes de malnutrition qui constituent un problème mondial. Après une phase préparatoire laborieuse, le simple fait qu’une déclaration politique et un cadre d’action aient été adoptés peut sans doute être considéré comme un succès.

Toutefois, les représentants des petits exploitants agricoles, des pêcheurs, des « sans terre », des populations autochtones, des femmes, de la jeunesse et des organisations non gouvernementales, qui s’étaient déjà réunis avant la Conférence dans le cadre du Forum de la société civile, ont critiqué l’analyse tronquée des causes fondamentales de la malnutrition (par exemple les impacts négatifs de la libéralisation et la déréglementation du commerce sur la sécurité alimentaire) et du rôle que la consommation de produits alimentaires industriels joue sur l’obésité. Pour eux, la situation des petits exploitants agricoles et leur importance dans les systèmes d’alimentation durable n’ont pas suffisamment été abordées.

Le cadre d’action fait bien référence à des mesures sensées à prendre dans divers domaines et à associer pour mettre un terme à la faim et la malnutrition une fois pour toutes, par exemple l’orientation de la production agricole vers une grande diversité d’aliments riches en éléments nutritifs, l’amélioration de l’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement, et l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes et des filles. Par contre, ce cadre est de nature exclusivement volontaire et ne donne aucune indication sur la façon dont ces mesures doivent être financées ou sur les mécanismes de responsabilité à appliquer. Par ailleurs, la création, par les États, de conditions cadres simples visant à s’assurer que les objectifs de santé publique, de sécurité alimentaire et d’atténuation de la pauvreté doivent prévaloir sur les intérêts commerciaux privés n’est que recommandée.

Compte tenu de cette absence d’engagements contraignants, il est à craindre que les déclarations d’intention des gouvernements ne soient pas suivies d’effet. C’est pourquoi des conditions claires de contrôle et de notification doivent être définies dans le cadre d’un processus de suivi. Il faut savoir qui est responsable de la réalisation de quels objectifs et sous quelle forme et selon quelle fréquence la mise en œuvre des mesures est évaluée. Ce suivi doit être transparent et la société civile, notamment les groupes les plus touchés par la malnutrition, doit y participer.

Au niveau international, le comité de la sécurité alimentaire mondiale de la FAO, appuyé par l’expertise de l’OMS, semble offrir une tribune appropriée grâce à son approche multipartite inclusive. Mais il est tout aussi important que les gouvernements rendent compte de leurs efforts de lutte contre la malnutrition au niveau national. La transparence, la nécessité de rendre des comptes et la participation des personnes concernées à la planification, à la mise en œuvre et au suivi des mesures visant à améliorer la sécurité alimentaire sont des conditions essentielles à la réalisation du droit à l’alimentation.

Les gouvernements n’ont pas su tirer parti de la dynamique politique et quitter l’ICN2 sur des engagements politiques et financiers clairs et ambitieux à éradiquer la faim et la malnutrition pour l’année cruciale qu’est 2015. Il n’en est que plus important que les gouvernements et la société civile poursuivent le processus engagé et veillent à ce que le programme mondial de développement pour l’après-2015 fixe des objectifs précis et vérifiables d’éradication de la faim et de la malnutrition et définisse des mécanismes de responsabilité contraignants.


Andrea Sonntag, Welthungerhilfe, Bonn, Allemagne
e-mail : andrea.sonntag@welthungerhilfe.de

Pour en savoir plus : FAO