Discussion sur les questions liées à l’assainissement propre
Photo: © Ekam Eco.

Comment exploiter les urines sous forme de fertilisants bon marché

Selon l’inventeur d’un urinoir sans eau de l’Indian Technology Institute, le recyclage des urines collectées dans les toilettes publiques est un moyen bon marché et simple de produire des fertilisants.

L’urine humaine contient trois nutriments, le phosphore, l’azote et le potassium, qui sont essentiels à la croissance des plantes, affirme Vijayaraghavan Chariar, un chercheur de l’Indian Institute of Technology, à New Delhi. Toute personne produit quatre à cinq kilogrammes de ces nutriments dans ses urines chaque année, explique Chariar, et ces matières précieuses sont perdues dans ce qu’il appelle les installations sanitaires modernes « à chasse et oubliette » qui polluent souvent les cours d’eau dans lesquels elles se déversent. 

L’« urine » est une ressource, dit Chariar. « Si elle peut être séparée et recueillie dans les toilettes quand cela est possible, et en tout cas dans les institutions publiques et dans d’autres lieux publics, alors nous pouvons facilement la recycler. Il faut cependant dépenser plus d’énergie et d’efforts pour récupérer ces nutriments quand l’urine est mélangée à d’autres matières dans les systèmes d’assainissement ». 

Selon le scientifique, les toilettes sans eau existent déjà, mais les systèmes actuels exigent le remplacement fréquent des cartouches anti-odeur, ce qui rend leur coût d’entretien prohibitif en dépit des économies potentielles réalisées du fait d’une consommation d’eau moindre.  « Ce que nous avons mis au point, ce sont des toilettes pour le monde en développement », explique Chariar. « Il s’agit de produits qui n’utilisent pas de substances chimiques. Rien ne doit être remplacé pendant trois ans, voire plus ». 

Depuis que ces toilettes ont été mises en vente en mai 2013 par Ekam Eco Solutions, la société que Chariar a créée pour commercialiser son innovation, environ 4 000 unités ont été installées en Inde. Ses kiosques préfabriqués abritant des toilettes publiques sans eau emmagasinent l’urine dans des réservoirs et utilisent une cartouche brevetée pour empêcher que s’échappent des gaz odorants. Cela élimine la nécessité d’utiliser de l’eau fraîche pour chasser l’urine, dit Chariar. Selon le site Internet de la société, la cartouche utilise un clapet anti-retour à bille pour piéger les gaz, alors que d’autres modèles utilisent des membranes ou des produits d’étanchéité liquides qui se dégradent petit à petit et doivent être remplacés. Il ajoute que chaque toilette à « grand volume » installée dans un lieu public permet d’économiser 155 000 litres d’eau fraîche par an.

 

Chariar se plaint du manque d’intérêt à exploiter le potentiel que présente le système pour recueillir l’urine.  La quasi-totalité des quantités d’urine produites est éliminée par les systèmes d’assainissement traditionnels. Il en impute la faute aux politiciens qui estiment que les coûts liés au transport de l’urine seraient prohibitifs. Selon Chariar, il suffirait pourtant d’ajouter du chlorure de magnésium à l’urine et de doser le taux d’acidité pour récupérer le phosphore par formation maîtrisée de struvite. L’extraction du produit par filtration le rend plus léger, plus facile et moins coûteux à transporter jusque dans les zones rurales.

 

Ekam Eco Solutions opère dans les domaines de l’assainissement durable, des produits transformés du bambou et des moyens de subsistance durables. 

Dans le domaine de l’assainissement durable, l’objectif d’Ekam Eco Solutions vise à concevoir, développer et diffuser des solutions d’assainissement durables, ne présentant pas de danger et adaptées au milieu culturel de façon à garantir une meilleure santé aux communautés et de restaurer d’abondantes étendues d’eau pure. Garantir l’accès à de l’eau salubre et à des services d’assainissement durables à chaque citoyen de la planète est l’un des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). L’approche d’Ekam en matière d’assainissement saisit l’opportunité de fournir des urinoirs sans eau, des toilettes sèches à séparation « à la source » et des réacteurs permettant la récupération des nutriments tout en déployant maints efforts pour rompre le cycle pathogène et clore le cycle des nutriments.


(SciDev/wi)

 

 

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