De plus en plus de prairies et de forêts sont converties en terres agricoles et en pâturages.
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Agriculture et protection climatique

La production et la consommation de produits agricoles ont une incidence plus forte que prévue sur le changement et la protection climatiques. Des chercheurs de l’université Humboldt de Berlin ont élaboré une nouvelle approche qui tient compte des « coûts carbone » cachés de l’utilisation des terres, ce qu’on appelle le « Carbon Benefit Index » (l’indice de bénéfice du stockage du carbone).

La façon de gérer les terres de la planète a une importance capitale pour la protection climatique. Dans le monde entier, de plus en plus de prairies et de forêts sont converties en terres agricoles et en pâturages, aux dépens du précieux stockage du carbone. Le recours intensif aux carburants fossiles, à l’irrigation, aux engrais et aux pesticides a une incidence supplémentaire. Au total, l’agriculture est responsable d’environ un quart des émissions de gaz à effet de serre dans le monde entier.

Si, conformément à l’Accord de Paris sur le climat, on veut limiter à 1,5° Celsius le réchauffement de la planète, il est clair qu’une réduction des émissions, même considérable, ne suffira pas. Les stratégies ambitieuses de protection climatique s’appuient également sur l’utilisation ciblée des terres visant à accroître le captage et le stockage du carbone, par exemple grâce à la reforestation à grande échelle ou à la production de bioénergie. Toutefois, les besoins alimentaires de la planète devraient plus que doubler d’ici à 2050 et par conséquent, la concurrence pour les terres fertiles devrait encore augmenter.

Publiée dans la revue Nature, une nouvelle étude de l’université Humboldt de Berlin (HU), Allemagne, aborde ce problème. Elle examine la question fondamentale visant à savoir quels changements de l’utilisation des terres contribuent à la protection climatique toute en répondant aux besoins alimentaires de la planète et en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.

L’étude montre que, souvent, les méthodes d’analyse antérieures sous-estiment fortement l’impact négatif de l’utilisation des terres et des habitudes alimentaires sur le changement climatique. Selon Tim Beringer, co-auteur de l’étude et professeur invité à l’institut de recherche intégrative sur les transformations des systèmes humains-environnementaux (Integrative Research Institute on Transformations of Human-Environment Systems – IRI THESys), à l’université Humboldt, « un problème fondamental tient à ce que de nombreux calculs négligent le fait que les terres utilisées pour l’agriculture auraient également un potentiel considérable de séquestration du carbone si elles n’étaient pas utilisées pour la production alimentaire ».

Tim Beringer soutient qu’à l’avenir il faudrait tenir compte de ce stockage potentiel du carbone dans les modèles scientifiques – c’est-à-dire des occasions ratées d’améliorer l’équilibre climatique. C’est ainsi qu’avec ses collègues il a élaboré une nouvelle approche tenant explicitement compte des « coûts carbone » cachés de l’utilisation des terres, c’est-à-dire de ce qu’on appelle le « Carbon Benefit Index » (l’indice de bénéfice du stockage du carbone).

Donner de la visibilité aux coûts cachés des émissions de carbone 

Le « Carbon Benefit Index » indique dans quelle mesure les changements locaux de cultures, de niveaux de rendement et de processus de production affectent les émissions globales de gaz à effet de serre et la séquestration du carbone dans les végétaux et le sol à l’échelle mondiale. « Par exemple, le fait de cultiver du colza à la place du blé, de connaître les rendements assurés par les variétés cultivées, et de savoir si la culture est de type intensif ou extensif fait une énorme différence, » explique Tim Beringer. Grâce à leur approche innovante, les auteurs démontrent, entre autres choses, que nos habitudes alimentaires sont liées à de bien plus grandes émissions de gaz à effet de serre qu’on le supposait jusqu’à maintenant.

Les résultats de l’étude montrent qu’en Europe, la consommation alimentaire de la population contribue autant au réchauffement de la planète que le reste de la consommation d’énergie et tous les autres produits réunis. « Nous consommons énormément de viande et avons par conséquent besoin de superficies considérables de terres fertiles pour élever le bétail et assurer la production de produits destinés à la consommation animale, » fait remarquer le chercheur. On pourrait réduire ces émissions de 70 pour cent en diminuant notre consommation de viande bovine et de produits laitiers.

D’une manière générale, les analyses traditionnelles n’attribuent qu’une part infime des émissions globales à l’alimentation et sous-estiment par conséquent la mesure dans laquelle le changement des habitudes alimentaires pourrait contribuer à la protection climatique. « Notre approche permet de déterminer l’efficacité climatique de la production et de la consommation de produits agricoles, » déclare Tim Beringer. En effet, l’efficacité de la protection climatique nécessite un double changement : réduire la consommation de produits liés aux fortes émissions de gaz à effet de serre et améliorer l’efficacité de l’utilisation des terres arables et des pâturages.

(idw/wi)

Reference (en anglais):

Timothy D. Searchinger, Stefan Wirsenius, Tim Beringer, Patrice Dumas: "Assessing efficiency of changes in land use for mitigating climate change” (Nature; volume 564, pages 249-253; 2018
www.nature.com/articles/s41586-018-0757-z