Des représentants de 83 pays ont assisté à la conférence des ministres de l’Agriculture du GFFA.
Photo: © Messe Berlin

Agriculture et eau – la clé de l’alimentation de la population mondiale

Quel rôle l’agriculture peut-elle jouer au niveau mondial en ce qui concerne la gestion durable de l’eau et le maintien de sa qualité ? Comment peut-on garantir que, malgré la rareté croissante de l’eau, l’agriculture peut assurer l’alimentation de la population mondiale ? Ces questions sont au nombre de celles qui ont été abordées, cette année, par le Forum mondial de l’alimentation et de l’agriculture (GFFA) à Berlin, Allemagne.

L’utilisation durable de l’eau est un des plus importants enjeux mondiaux du 21ème siècle. Des facteurs tels que le développement économique, la croissance démographique et l’urbanisation intensifient la concurrence pour l’accès aux maigres ressources en eau. L’irrigation consomme environ 70 pour cent de l’eau douce utilisée à l’échelle mondiale. Selon une estimation des Nations unies, la demande mondiale d’eau utilisée dans l’agriculture va augmenter de 20 pour cent d’ici à 2050. Parallèlement, les résidus d’engrais, d’herbicides et de pesticides ont un impact négatif sur la qualité de l’eau. Dans ce contexte, comment l’agriculture peut-elle remplir son rôle et assurer l’alimentation d’une population mondiale croissante ? Et quelle peut être la contribution du secteur agricole pour assurer l’utilisation durable des précieuses ressources en eau ? Ces questions ont été au centre du Forum mondial de l’alimentation et de l’agriculture (GFFA) qui s’est tenu à Berlin/Allemagne, à la fin de janvier 2017.

Une violation du droit de l’homme à l’eau

Le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. José Graziano da Silva, a rappelé au groupe d’experts de haut niveau réunis lors du GFFA que « l’accès à l’eau est un droit humain fondamental ! » Toutefois, l’application de ce droit est loin d’être acquise partout dans le monde. Des millions d’agriculteurs souffrent d’un manque d’accès à l’eau. Actuellement, 1,2 milliard de personnes, soit un peu moins d’un cinquième de la population mondiale, vivent déjà dans des régions où le manque d’eau est considérable. Selon des rapports du programme des Nations unies pour l’environnement, d’ici à 2025 ce nombre aura atteint 1,8 milliard. Parallèlement, des quantités énormes d’eau sont gaspillées. Par exemple, un tiers des aliments produits pour la consommation humaine est perdu, soit parce qu’ils finissent à la poubelle, comme c’est généralement le cas dans les pays industrialisés, soit parce que les conditions nécessaires à la récolte, au stockage, au transport ou à la transformation sont absentes, comme c’est souvent le cas dans les pays en développement. « L’eau perdue en raison de ce gaspillage correspond à trois fois le volume d’eau du lac de Genève, » a fait remarquer le directeur général de la FAO pour illustrer l’ampleur du problème.

Des progrès annulés par le changement climatique

Il y a aussi l’aspect du changement climatique dont l’impact vient empirer les conditions de culture dans de nombreuses régions du monde. « Dans l’est et dans le sud de l’Afrique, ce problème est en train d’annuler les augmentations de la production constatées ces dernières années, » a déclaré Mme Tumusiime Rhoda Peace, Commissaire de l’Union africaine pour l’économie rurale et l’agriculture. L’investissement dans la recherche a été une grande priorité, par exemple pour produire des semences appropriées. Par ailleurs, il a fallu trouver des solutions aux conflits croissants motivés par l’accès à l’eau sur le continent. Mme Peace a cité l’exemple du Nil, dont le bassin hydrographique accueille près d’un quart de la population africaine et qui constitue la source d’eau douce la plus importante de la région. Il a fallu avoir recours à des processus transfrontaliers de coopération et de négociation pour garantir l’utilisation durable de cette ressource en eau limitée. 

« Il y a toujours eu des fluctuations météorologiques, » a déclaré M. Johannes Cullmann, de l’Organisation météorologique mondiale, « mais nous sommes bien plus vulnérables aujourd’hui. » L’agriculture était certes une des principales causes des émissions de gaz à effet de serre, mais c’est également elle qui offrait les meilleures perspectives quant aux mesures d’adaptation au changement climatique. Toutefois, environ 70 pays n’ont pas été en mesure de fournir des données climatologiques et météorologiques fiables alors que ces données étaient nécessaires, non seulement pour faire des prévisions fiables, mais aussi pour offrir aux agriculteurs des conseils sur la culture des terres. « Si nous voulons souscrire aux ODD, nous devons disposer de données fiables, » a poursuivi M. Cullmann.

Irrigation goutte à goutte, stockage de l’eau et gestion des eaux usées

Mais quelles sont les options dont dispose le secteur agricole compte tenu de la rareté croissante de l’eau ? Depuis des décennies, Israël, dont 60 pour cent des zones cultivées sont situées dans des régions arides et semi-arides, pratique l’irrigation goutte à goutte, solution assurant une efficacité maximale de l’utilisation de l’eau. « De plus, nous intensifions le traitement des eaux usées pour fournir de l’eau à l’agriculture, » a expliqué M. Itzik Ben David, du ministère israélien de l’Agriculture. De plus, le gouvernement a mis au point un système de tarification dynamique selon lequel les consommateurs supportent le coût réel de la consommation d’eau. L’approvisionnement en eau des entreprises agricoles est régi par un système de quotas, l’eau purifiée coûtant un tiers moins cher que l’eau ordinaire.

Pour l’instant, la Sierra Leone ne souffre pas de sécheresse, mais elle connaît une saison sèche marquée. Par conséquent, le stockage de l’eau est une mesure clé d’allongement de la période de végétation. « La plupart de nos agriculteurs continuent d’appliquer des méthodes traditionnelles auxquelles nous aimerions rester fidèles, » a déclaré M. Monty Jones, ministre de l’Agriculture. Des tentatives de diffusion des technologies modernes visant à intensifier la production ont néanmoins lieu.
M. da Silva, directeur général de la FAO, a souligné une fois de plus que le paiement de l’eau n’était pas une solution pour les pays en développement. « Les économistes pensent que nous pouvons résoudre tous les problèmes en faisant payer les biens, » a-t-il déclaré, « mais cette solution ne peut pas marcher car elle ne peut qu’exclure les gens de la consommation de ces biens. » Ce qu’il faudrait, c’était un cadre juridique clair et un cadre institutionnel approprié régissant l’accès à l’eau, ainsi que des mesures visant à lutter contre les pertes et le gaspillage de nourriture.

Parallèlement au GFFA se tient traditionnellement une réunion internationale des ministres de l’Agriculture. Le communiqué final attire l’attention sur quatre enjeux majeurs : réduire les risques de rareté de la ressource en eau, réduire la pollution de l’eau, gérer les excédents d’eau et garantir un accès suffisant de l’agriculture à l’eau. Les principes fondamentaux dégagés doivent être intégrés dans le processus du G20.

Silvia Richter, éditrice Rural 21