Les participants de la séance d'ouverture : Ann Tutwiler, Monty Jones, Katie Gallus (animatrice), Hilal Elver et Rolf Klemm (de gauche à droite).
Photo: BMEL/Ingo Heine

À la recherche du régime alimentaire optimal

Cette année, la conférence sur « les politiques de lutte contre la faim » organisée à Berlin, Allemagne, a abordé quatre éléments clés de ce que doit être un système alimentaire durable pour la nutrition : « Diversification », « Transformation », « Autonomisation des femmes » et « Éducation nutritionnelle ».

La 12ème conférence sur « les politiques de lutte contre la faim » s’est tenue à Berlin, fin juin 2016, avec pour slogan « Semer les graines de la nutrition : de quels systèmes alimentaires avons-nous besoin ? » (Sowing the seeds for nutrition: what food systems do we need?). Deux accords internationaux ont servi de cadre à l’événement organisé par le ministère fédéral allemand de l’Alimentation et de l’Agriculture : l’Agenda 2030 pour le développement durable, et plus particulièrement les objectifs de développement durable 2 (« Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ») et 12 (« Établir des modes de consommation et de production durables »), ainsi que le Cadre d’action adopté par la deuxième Conférence internationale sur la nutrition (ICN2) en 2014.

Dans son discours d’ouverture, M. Christian Schmidt, ministre allemand de l’Agriculture, a demandé que la chaîne de valeur intégrale, de la production à la consommation et l’utilisation des aliments, en passant par la transformation et la commercialisation, soit orientée sur la sécurité alimentaire et tienne compte de la nutrition. L’agriculture, et par conséquent la décision concernant ce qui doit être cultivé, et comment, a toujours été le point de départ d’une bonne alimentation. Toutefois, la réduction des pertes après récolte, l’éducation nutritionnelle et la recherche dans le secteur agricole et alimentaire sont tout aussi importantes. Et même si cela n’a rien de nouveau, ce sont les femmes qui sont généralement responsables des aliments. Leur égalité d’accès aux connaissances, mais aussi à des facteurs de production tels que l’eau et la terre, est par conséquent un facteur important lorsqu’il s’agit d’assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle, a rappelé M. Schmidt.

Les normes sociales et culturelles ne doivent pas être éclipsées

Comme l’a expliqué M. Rolf Klemm de l’organisation Helen Keller International, il faut mettre l’accent sur la notion « d’égalité ». En effet, bien souvent, les terres auxquelles les femmes ont accès ne sont pas les meilleures. Par exemple, il est fréquent qu’elles ne soient pas alimentées en eau, si bien qu’elles ne conviennent pas pour la production de légumes. De plus, fait valoir M. Klemm, il faut veiller à ce que l’amélioration des normes des systèmes alimentaires n’ajoute pas à la charge de travail déjà élevée que les femmes doivent assumer.  « Les femmes sont souvent les premières à se lever le matin pour aller chercher de l’eau ou du bois de chauffage, et les dernières à aller se coucher le soir, » a-t-il rappelé. Il faut donc que la conception des politiques tienne bien compte des rôles et responsabilités respectifs, ainsi que des normes sociales et culturelles qui, par exemple, entraînent une mauvaise répartition des aliments dans les ménages, les plus vulnérables – généralement les femmes et les enfants – étant les plus mal lotis à cet égard. 

Il n’y a pas d’aliment « miracle »

Mais quelles politiques concrètes sont à même de fixer la nutrition comme objectif des systèmes alimentaires ? Madame Ann Tutwiler, directrice générale de Bioversity International, a réclamé plus d’argent pour promouvoir la biodiversité. Il faudrait transformer les incitations gouvernementales pour que les systèmes agricoles souvent basés sur les céréales soient remplacés par des systèmes diversifiés axés sur la nutrition. Grâce aux activités de son organisation en Inde, par exemple, la culture du millet, longtemps négligée, a retrouvé sa place dans les esprits des agriculteurs et des consommateurs, ainsi que dans les préoccupations du gouvernement. Cette culture a même été adoptée dans le système de distribution public. Pour 800 millions de personnes, une étape vers une alimentation plus équilibrée a ainsi été franchie. Madame Tutwiler a également demandé une approche plus mesurée de l’enrichissement des aliments – même si les aliments enrichis peuvent être utiles dans certaines régions. « Les gens ne doivent pas croire qu’un aliment donné peut résoudre tous les problèmes alimentaires. »

Tirer parti de l’alimentation institutionnelle

Monsieur Monty Jones, ministre de l’Agriculture de la Sierra Leone, a rappelé qu’on pouvait faire en sorte que les végétaux soient plus nourrissants en ayant recours à la sélection traditionnelle et que toute réussite nécessitait la coopération des principaux ministères. Par exemple, le pays a enregistré une diminution considérable de la mortalité infantile et maternelle grâce à son programme national de soins de santé à l’intention des femmes enceintes et allaitantes et grâce à la participation au mouvement SUN de renforcement de la nutrition (Scaling up nutrition – SUN). Par ailleurs, les changements seraient déjà bien plus considérables si les responsables des orientations politiques s’efforçaient de déterminer la demande. En matière de marchés publics, par exemple, le fait de décider ce qui peut être consommé dans les écoles, les hôpitaux, les prisons ou les casernes de l’armée pourrait constituer un pas important vers les changements importants à apporter au système alimentaire existant. « Cela représente une dépense considérable, mais c’est aussi très important », a déclaré le ministre.

Le gouvernement du Kenya a choisi d’intégrer l’éducation nutritionnelle dans les programmes scolaires. Dans des jardins potagers, les élèves apprennent comment certaines plantes sont cultivées, comment on s’en occupe et l’importance qu’elles ont en matière de nutrition. « L’éducation nutritionnelle doit faire partie intégrante de l’apprentissage dès les tout débuts ; cela est d’autant plus important que nous voulons que les enfants travaillent dans l’agriculture lorsqu’ils seront adultes, » a souligné Mme Gladys Mugambi du ministère de la Santé du Kenya.

Qu’en est-il du secteur privé ?

La responsabilité qu’a le secteur privé de réaménager les systèmes alimentaires a également été soulignée à maintes reprises. Dans plus en plus de pays en développement et d’économies émergentes, la promotion de la malbouffe (junk food) se traduit par des déficits nutritionnels et des maladies non transmissibles. Les participants à la conférence ont reconnu qu’il ne serait pas facile d’éliminer les puissants conflits d’intérêt actuels. Madame Hilal Elver, rapporteur  spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, a prévenu que malgré son importance, le secteur privé ne devait pas échapper à la réglementation. Mais toutes bonnes intentions mises à part, cela peut difficilement s’appliquer aux consommateurs. « Laissons les gens manger ce qu’ils veulent », a déclaré M. Stefano Prato, directeur de la Société internationale pour le développement (SID). 

(EDD/sri)

Pour en savoir plus

Site de la conférence (en anglais)

ODD : Plateforme de gestion des connaissances sur le développement durable

Mouvement SUN – Renforcement de la nutrition