La hausse des prix de l’alimentation et ses conséquences sur la politique du développement – réactions du BMZ
Depuis les avertissements lancés par Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, et Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, à la réunion de printemps qui a réuni les deux institutions à Washington à la mi-avril, l’expression « crise alimentaire » est dans toutes les bouches et le monde est en alerte pour étudier les mesures à adopter pour faire face aux conséquences négatives de la hausse des prix alimentaires, qui se poursuit.
Le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) a publié un communiqué en réponse à l’aggravation de la situation sur le marché mondial, dans equel il présente les principales causes
de la hausse des prix alimentaires et les mesures déjà prises par le gouvernement allemand dans ce contexte. Dans un programme en neuf points, le gouvernement fédéral résume les mesures supplémentaires que devrait prendre la communauté mondiale pour réagir rapidement face à cette crise. Rural 21 donne ci-dessous quelques extraits de ce communiqué.
Qu’a fait le gouvernement allemand jusqu’à maintenant pour combattre la faim?
Urgence et aide alimentaire. Pour réduire le risque de famines directes, le gouvernement soutient le travail du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies. En plus de sa contribution annuelle de 23 millions d’euros et de son soutien fi nancier aux programmes d’aide d’urgence du PAM en cas de crises graves, le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement a fourni 3 millions d’euros supplémentaires en mars 2008 et 10 millions d’euros à la mi-avril.
Coopération bilatérale au développement. À moyen et long terme, des mesures permettant un changement structurel sont nécessaires dans les pays en développement afin d’augmenter la production alimentaire. Le BMZ a soutenu le développement rural en 2006 par le biais de programmes bilatéraux s’élevant à 577 millions d’euros.
Coopération multilatérale. De plus, par le biais de son adhésion à l’UE et aux organisations internationales, l’Allemagne participe non seulement au financement des programmes gérés par ces institutions, mais aussi à la mise en oeuvre de leur politique promotionnelle (par exemple, la part de l’Allemagne dans le financement des programmes de l’UE destinés à l’agriculture et à la sécurité alimentaire s’élevait à 100 millions d’euros en 2006). L’Allemagne a également plaidé en faveur d’une nouvelle augmentation du financement accordé par la Banque mondiale au développement rural. Et elle a eu gain de cause: la Banque mondiale a non seulement redonné au développement rural une place centrale avec le Rapport sur le développement dans le monde 2008: L’agriculture au service du développement, mais elle a aussi augmenté considérablement ses dépenses dans ce secteur. Lors de la récente réunion de printemps de la Banque mondiale, le président de cette institution, Robert Zoellick, a annoncé une augmentation supplémentaire. La dépense annuelle pour le développement rural va passer de 450 millions de dollars (USD) actuellement à 800 millions de dollars dans l’avenir proche et à un milliard de dollars à partir de 2011.
Mesures devant être prises. Pacte pour la sécurité alimentaire.
1. Sécurité alimentaire. Les transferts d’argent directs ou conditionnés ou bien des coupons alimentaires pou les foyers touchés (principalement destinés aux femmes) sont la meilleure manière d’offrir une aide avec un minimum de répercussions négatives sur les marchés de l’alimentation. D’autres options sont les programmes de vivrescontre- travail, les programmes d’alimentation et de nutrition et, seulement s’il n’y a pas d’autres solutions, l’aide alimentaire.
2. Calmer les marchés. La priorité essentielle est de calmer les marchés. Dans ce but, les mesures protectionnistes (restrictions des exportations, etc.), qui renforcent les pénuries et l’augmentation des prix, doivent être évitées. Une solution relativement neutre pour le marché serait de suspendre temporairement les taxes. Pour la réussite de ce projet, la sécurité doit être assurée dans les pays affectés. S’ils doivent renoncer à leurs propres mesures de protection, ils doivent avoir la garantie que les approvisionnements de leur population seront sécurisés.
3. Examen approfondi des biocarburants. L’utilisation des céréales et des oléagineux dans la production de biocarburants devrait être temporairement suspendue jusqu’à l’accalmie des marchés. De plus, un moratoire sur le développement des objectifs liés au mélange devrait être introduit jusqu’à ce que des technologies viables de deuxième génération et des solutions énergétiques pour utiliser la biomasse soient largement disponibles. Celles-ci devront être plus effi caces que les biocarburants actuels en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de rendement énergétique (par exemple, le biogaz).
4. Investissements dans l’agriculture. Il est aujourd’hui essentiel d’augmenter considérablement la productivité agricole dans les pays en développement, et ce dans les plus brefs délais. La plupart des petits agriculteurs ne peuvent même pas tirer profi t des perspectives offertes par la hausse des prix parce qu’ils n’ont pas accès aux facteurs de production agricole ou n’ont pas les moyens de s’en procurer. Un programme intensif doit être mené pour fournir à bas prix les facteurs de production agricole traditionnels de base (engrais, semences, crédit). Un tel programme doit être lancé à grande échelle et devra garantir que les produits auront accès aux marchés. Le transfert à court terme des terres potentiellement disponibles n’apportera pas a solution.
5. Mettre en oeuvre la Déclaration de Paris. Les principes de la Déclaration de Paris (qui priment sur toute appropriation par les pays et la société civile) doivent être garantis et soutenus.
6. Développer des systèmes de sécurité sociale. Pour les mesures à court terme (voir ci-dessus), les institutions publiques des pays touchés doivent être renforcées afi n qu’elles puissent gérer des systèmes de sécurité sociale à long terme et que leur mission aille au-delà du défi de la sécurité alimentaire et couvre d’autres risques vitaux.
7. Mettre fin aux subventions liées aux exportations agricoles. La complète disparition des subventions aux exportations dans le cadre de l’OMC doit rester notre objectif, afi n que sur le long terme, lorsque le système de l’offre et de la demande aura retrouvé un niveau normal, le dumping ne puisse plus venir perturber les marchés.
8. La promotion durable de l’agriculture. Le Programme de développement agricole pour l’Afrique (CAADP) de l’Union africaine est un nouveau programme d’investissement. Le Rapport sur le développement dans le monde 2008 établit les priorités. Elles comprennent: des réformes des politiques agricoles (accès à la terre, à l’eau, aux crédits, aux marchés, aux services de vulgarisation), une politique mettant en valeur le rôle prépondérant joué par les femmes dans l’agriculture, le renforcement des coopératives et des associations professionnelles d’agriculteurs, un accroissement de la transformation locale des denrées alimentaires, la mise en place d’instruments de gestion des risques, la promotion d’infrastructures pour les pauvres et de mesures de protection des ressources dans les zones rurales et enfi n, une recherche agricole internationale accrue (CGIAR). Les pays en développement doivent également investir dans un développement rural durable. Les investissements dans les exploitations de petite taille sont une priorité essentielle.
9. Réformer les conventions relatives à l’aide alimentaire. L’impact à court terme de l’engagement accru de l’Allemagne en faveur d’une aide d’urgence et de transition doit s’accompagner d’initiatives structurelles pour réformer la Convention relative à l’aide alimentaire (CAA) et l’orientation du Programme alimentaire mondial (PAM). Tout en poursuivant ses efforts pour mettre au point des instruments d’aide plus distincts, la réforme en cours de la CAA ne doit pas laisser de côté des questions telles que l’augmentation de l’effi cacité et l’intégration de l’aide alimentaire dans une stratégie à long terme pour la sécurité alimentaire.



